CHRIS KUTSCHERA 30 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

www.Chris-Kutschera.com


SYRIE: Les Frères Musulmans et l'alliance politique

Sommaire

AFRIQUE

AMERIQUE

ASIE

EUROPE

FRANCE

KURDISTAN

MOYEN-ORIENT

ARCHIVES PHOTOS

Galerie Photos

 

Chef tribal réfugié en Iran avec ses deux femmes

Réfugiés afghans Iran

 

Tatiana Lebedev dans sa boutique-atelier

Tatiana Lebedev, Mode,, Paris

 

Portrait de Chou-Chou

Erythrée

 

Portrait de Rafsanjani

Rafsanjani

Combattants de l'avant-garde combattantePour les Frères musulmans aussi, l’alliance est l’aboutissement d’un long débat intérieur. Au début des discussions, ils avaient une conception très absolutiste de l’Etat islamique. Peu après la publication du manifeste du Rassemblement national démocratique, en mars 1980, ils avaient répondu par un tract qui disait: “Rentrez dans votre trou (de souris), c’est nous qui allons faire la Révolution. La seule voie, c’est l’Islam”. Peu à peu, cependant, le mouvement allait évoluer. Mais l’alliance avec les partis politiques a provoqué en son sein une nouvelle scission alors qu’il est déjà divisé sur la question de la lutte armée, et désormais partagé en trois tendances: la tendance “historique” d’Issam al Attar; la tendance “politique” d’Adnan Saadeddine et Said Haoua; et l’Avant-garde combattante d’Adnan Okla.

Le débat sur l'alliance politique avec les autres partis

Aujourd’hui encore les cadres de base des Frères Musulmans ne cachent pas leur hostilité au principe même d’une alliance politique: “Du temps du Prophète, les alliances ont échoué, dit l’un d’eux; par principe, je suis contre les partis. Et il y a des précédents: en Egypte, les officiers libres se sont ralliés aux Frères Musulmans pour les poignarder dans le dos” (après la révolution de 1952).

Portrait de Said HaouaConscients de ces réticences, les dirigeants des Frères Musulmans avaient procédé à de larges consultations en Syrie et à l’étranger. En Egypte notamment, où Zeinab al Ghazali, responsable de l’organisation des “Sœurs Musulmanes”, déclarait: “Malgré ma compassion après les massacres de Hama, la signature de l’alliance nationale avec les mouvements laïcs m’a beaucoup peinée; j’aurais aimé qu’une telle alliance ne fût pas signée”. De son côté, Omar Temelsani, le superviseur général par intérim des Frères Musulmans égyptiens, prenait une position nuancée: “Porter un jugement sur l’alliance conclue par les Frères Musulmans syriens avec les autres tendances de l’opposition serait injuste, car seuls les Frères syriens eux-mêmes peuvent juger de l’opportunité d’un tel accord, parce que c’est eux qui affrontent le feu du combat”.

Adnan SaadeddinPour convaincre les hésitants de s’allier avec les partis politiques, les Frères Musulmans avaient fait valoir que tous les pays arabes voisins de la Syrie sont hostiles à l’établissement d’une République islamique à Damas, et que, en s’alliant avec les partis politiques, les Frères Musulmans montraient qu’ils ne voulaient pas instaurer un “régime qui déforme l’islam, à la Khomeini”. En outre, en s’alliant au Baas pro-irakien -- et à l’Irak -- le mouvement disposait d’une demi-heure d’émission quotidienne à la Radio de la Syrie arabe, émettant à partir du territoire irakien, tandis que des journaux pro-irakiens comme “Al Watan al Arabi” ouvraient leurs colonnes aux dirigeants des Frères Musulmans. L’Irak devait aussi leur accorder une aide plus substantielle, notamment dans le domaine militaire.

L'avant-garde combattante et le projet de "califat"

Difficilement admise par les éléments les plus modérés de l’organisation vivant à l’extérieur de la Syrie, qui se sont cependant pliés, par discipline, aux décisions de leurs dirigeants, l’alliance avec les partis politiques a été rejetée par les moudjahidines de l’intérieur qui se disent “intraitables”. Devant l’imminence d’un accord entre les Frères Musulmans et les partis, Adnan Okla, le chef de l’Avant-garde combattante, rompt le 17 décembre 1981 avec la tendance “politique”, qui l”exclut” de l’organisation des Frères Musulmans le 25 avril 1982.

Né en 1950 à Kouneitra, ayant fait des études d’ingénieur civil à Alep, Adnan Okla était, jusqu’en 1979, responsable d’une unité de moudjahidines. Après la répression brutale qui a frappé l’organisation des Frères Musulmans à cette époque, et la mort ou l’arrestation, en très peu de temps, des responsables de l’organisation militaire -- Abdel Sattar al Zaim, (mort en août 1979), Hosni Aabo (exécuté en 1980) et Hussein Hamdi Hammam (tué en 1980) -- Adnan Okla se voit confier la responsabilité du secteur d’Alep, avant de prendre la tête de “Talia al Moukatila” (l’Avant-garde combattante), dont l’objectif est le rétablissement du califat.

Le programme de l’Avant-garde combattante, c’est la création d’un Etat islamique,  en recourant à la Djihad, c’est-à-dire, selon un proche conseiller d’Adnan Okla, la “lutte pour atteindre le chemin de Dieu”, ou, en utilisant un langage moins théologique, “l’utilisation de la force, de toutes les formes de force possibles, sauf celle qui est interdite par le Coran: contre les innocents”. L’organisation ne dédaigne pas de recourir au terrorisme, mais d’une façon sélective. “Pour faire tomber ce régime, dit le conseiller d’Adnan Okla, nous ne voulons pas taper sur n’importe quoi. Ce que l’on cherche à frapper, ce sont les piliers du régime, pas les ministres ni des gens qui occupent des positions apparemment importantes, mais des gens qui, autour d’Assad, sont les véritables piliers du régime”.

Mais les dirigeants de l’Avant-garde combattante sont beaucoup moins précis sur la nature de l’Etat islamique, ou “califat”, qu’ils veulent mettre en place. Son chef, ou calife, devrait être élu par les “conseillers les plus savants” de l’Etat (Ahl al Akad). Le futur calife pourrait n’être autre qu’Adnan Okla, s’il est encore chef de Talia al Moukatila au moment de la prise du pouvoir: “S’il est correct et pieux, il reste, dit son conseiller, sinon, s’il y a une déviation, il saute”.

Quelle sera la nature de la Constitution de l’Etat islamique? Elle sera rédigée par les savants, par les oulémas. Comment seront-ils choisis? Comment sera choisi à son tour le “majlis al shoura” (conseil consultatif)? Impossible d’obtenir des réponses à ces questions fondamentales, de même que sur la politique économique du futur califat. Le porte-parole d’Adnan Okla reste très vague: “Dans l’Etat islamique, les droits de chaque citoyen sont respectés. Personne, ni l’Etat, ni les gens, ne peut s’ingérer dans les affaires des autres”... Ou encore: “Pour nous, ces problèmes ne se posent pas de la même façon que dans les autres pays. Ce que je gagne par mes propres moyens, cela reste pour moi; si ce n’est pas le cas, l’Etat a le droit de le reprendre -- c’est très précis dans les livres islamiques”.

Il est par contre beaucoup plus précis sur les rapports avec les partis politiques: c’est le rejet total. Aucun parti politique ne serait autorisé dans le futur Etat islamique. Pas la moindre ambiguïté sur ce point: “Notre but est défini dès le départ: c’est la construction de l’Etat islamique. Après toutes les pertes que nous avons subies, on ne peut pas céder, ni changer notre objectif; on ne change pas, on ne changera jamais”.

Excluant l’alliance avec les partis politiques -- “ils ne représentent pas un poids politique en Syrie, et le peuple les rejette” -- l’Avant-garde combattante refuse même d’envisager un lien temporaire, pour renverser le président Assad et instaurer un régime démocratique et transitoire, laissant au peuple syrien le soin  de décider lui-même, par des élections ou par un référendum, s’il souhaite l’établissement de l’Etat islamique. Pour les moudjahidines, rien ne garantit que le régime transitoire serait vraiement démocratique: “Les Syriens ont déjà eu des expériences avec les partis, et ils étaient de purs dictateurs”. Mais surtout, les moudjahidines récusent le “point de vue des démocrates”: “Pour nous, conclut le conseiller d’Adnan Okla, les hommes n’ont pas le droit de gouverner par eux-mêmes, ils doivent être gouvernés par l’ordre de Dieu”.

(Le Monde Diplomatique,  Mars 1983, extraits)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

postmaster@chris-kutschera.com


Droits de Reproduction strictement réservés © Chris Kutschera 2002

ENGLISH

 

 

 

AFRICA-ASIA

EUROPE

KURDISTAN

MIDDLE-EAST

 

 

 

Le roi Fahed, à l'époque où il était prince héritier

Roi Fahed

 

Consultation de médecine traditionnelle

Chine

Cimetière de Shakhi Zinda à Samarcande

Samarcande

 

Carte postale patriotique

Turquie