Réfugiés afghans Iran
Tatiana Lebedev, Mode,, Paris
Erythrée
Rafsanjani |
Le débat sur l'alliance politique avec les autres partis Aujourd’hui encore les cadres de base des Frères Musulmans ne cachent pas leur hostilité au principe même d’une alliance politique: “Du temps du Prophète, les alliances ont échoué, dit l’un d’eux; par principe, je suis contre les partis. Et il y a des précédents: en Egypte, les officiers libres se sont ralliés aux Frères Musulmans pour les poignarder dans le dos” (après la révolution de 1952).
L'avant-garde combattante et le projet de "califat" Difficilement admise par les éléments les plus modérés de l’organisation vivant à l’extérieur de la Syrie, qui se sont cependant pliés, par discipline, aux décisions de leurs dirigeants, l’alliance avec les partis politiques a été rejetée par les moudjahidines de l’intérieur qui se disent “intraitables”. Devant l’imminence d’un accord entre les Frères Musulmans et les partis, Adnan Okla, le chef de l’Avant-garde combattante, rompt le 17 décembre 1981 avec la tendance “politique”, qui l”exclut” de l’organisation des Frères Musulmans le 25 avril 1982. Né en 1950 à Kouneitra, ayant fait des études d’ingénieur civil à Alep, Adnan Okla était, jusqu’en 1979, responsable d’une unité de moudjahidines. Après la répression brutale qui a frappé l’organisation des Frères Musulmans à cette époque, et la mort ou l’arrestation, en très peu de temps, des responsables de l’organisation militaire -- Abdel Sattar al Zaim, (mort en août 1979), Hosni Aabo (exécuté en 1980) et Hussein Hamdi Hammam (tué en 1980) -- Adnan Okla se voit confier la responsabilité du secteur d’Alep, avant de prendre la tête de “Talia al Moukatila” (l’Avant-garde combattante), dont l’objectif est le rétablissement du califat. Le programme de l’Avant-garde combattante, c’est la création d’un Etat islamique, en recourant à la Djihad, c’est-à-dire, selon un proche conseiller d’Adnan Okla, la “lutte pour atteindre le chemin de Dieu”, ou, en utilisant un langage moins théologique, “l’utilisation de la force, de toutes les formes de force possibles, sauf celle qui est interdite par le Coran: contre les innocents”. L’organisation ne dédaigne pas de recourir au terrorisme, mais d’une façon sélective. “Pour faire tomber ce régime, dit le conseiller d’Adnan Okla, nous ne voulons pas taper sur n’importe quoi. Ce que l’on cherche à frapper, ce sont les piliers du régime, pas les ministres ni des gens qui occupent des positions apparemment importantes, mais des gens qui, autour d’Assad, sont les véritables piliers du régime”. Mais les dirigeants de l’Avant-garde combattante sont beaucoup moins précis sur la nature de l’Etat islamique, ou “califat”, qu’ils veulent mettre en place. Son chef, ou calife, devrait être élu par les “conseillers les plus savants” de l’Etat (Ahl al Akad). Le futur calife pourrait n’être autre qu’Adnan Okla, s’il est encore chef de Talia al Moukatila au moment de la prise du pouvoir: “S’il est correct et pieux, il reste, dit son conseiller, sinon, s’il y a une déviation, il saute”. Quelle sera la nature de la Constitution de l’Etat islamique? Elle sera rédigée par les savants, par les oulémas. Comment seront-ils choisis? Comment sera choisi à son tour le “majlis al shoura” (conseil consultatif)? Impossible d’obtenir des réponses à ces questions fondamentales, de même que sur la politique économique du futur califat. Le porte-parole d’Adnan Okla reste très vague: “Dans l’Etat islamique, les droits de chaque citoyen sont respectés. Personne, ni l’Etat, ni les gens, ne peut s’ingérer dans les affaires des autres”... Ou encore: “Pour nous, ces problèmes ne se posent pas de la même façon que dans les autres pays. Ce que je gagne par mes propres moyens, cela reste pour moi; si ce n’est pas le cas, l’Etat a le droit de le reprendre -- c’est très précis dans les livres islamiques”. Il est par contre beaucoup plus précis sur les rapports avec les partis politiques: c’est le rejet total. Aucun parti politique ne serait autorisé dans le futur Etat islamique. Pas la moindre ambiguïté sur ce point: “Notre but est défini dès le départ: c’est la construction de l’Etat islamique. Après toutes les pertes que nous avons subies, on ne peut pas céder, ni changer notre objectif; on ne change pas, on ne changera jamais”. Excluant l’alliance avec les partis politiques -- “ils ne représentent pas un poids politique en Syrie, et le peuple les rejette” -- l’Avant-garde combattante refuse même d’envisager un lien temporaire, pour renverser le président Assad et instaurer un régime démocratique et transitoire, laissant au peuple syrien le soin de décider lui-même, par des élections ou par un référendum, s’il souhaite l’établissement de l’Etat islamique. Pour les moudjahidines, rien ne garantit que le régime transitoire serait vraiement démocratique: “Les Syriens ont déjà eu des expériences avec les partis, et ils étaient de purs dictateurs”. Mais surtout, les moudjahidines récusent le “point de vue des démocrates”: “Pour nous, conclut le conseiller d’Adnan Okla, les hommes n’ont pas le droit de gouverner par eux-mêmes, ils doivent être gouvernés par l’ordre de Dieu”. (Le Monde Diplomatique, Mars 1983, extraits)
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