MOYEN-ORIENT
les marais d'Irak Victime du déminage, Iran Oman Mosquées d'Irak
Hafez al Assad
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Quelques mots dexplication. Pendant 35 ans , jai photographié les personnalités kurdes irakiennes. Les photos se sont accumulées, certaines ont été publiées dans des journaux, des magazines, des livres puis elles sont retournées dans les tiroirs, cétait le travail classique dun reporter-photographe.Toutes ces photos classées, rangées, légendées racontent des instants de lhistoire des Kurdes irakiens de 1971 à aujourdhui. En ressortant ces photos pour en faire un livre, jai voulu aider les Kurdes, toutes générations confondues, à replonger dans leur histoire. Jai la chance davoir capturé 35 ans dimages de personnalités kurdes irakiennes, il était normal que je partage mes souvenirs de photographe avec les Kurdes qui nous ont accueillis, les deux Chris Kutschera, le journaliste et la photographe, toujours chaleureusement, même dans les moments les plus tragiques de leur histoire.Avec toute notre reconnaissance De la guérilla au pouvoir , des instants de lépopée kurde de ces 35 dernières années .
Les Kurdes qui ont 20 ans aujourdhui et qui vivent dans la région autonome, bientôt fédérale, du Kurdistan , dans cet autre Irak où règnent ordre et sécurité, ignorent dans quelles conditions leurs parents ont lutté pendant des années, menant la vie de pechmerga dans les montagnes du Kurdistan. Regarder les photographies de ces personnalités kurdes, politiciens, administrateurs, intellectuels, prises à différentes étapes de leur carrière, cest ouvrir un livre en images de lhistoire kurde. Lironie du destin veut que ce soit les responsables baaasistes du Ministère de lInformation à Bagdad qui nous ont envoyés - un couple, lun journaliste , lautre photographe- chez les Kurdes, dans le nord lors de notre premier reportage en Irak en 1971 alors que nous voulions faire un reportage sur les marais dans le sud. Et voilà comment au printemps de 1971, je me retrouve au Kurdistan à photographier pour la première fois le général Barzani dans le petit village de Haj Omran à la frontière iranienne. Cétait un an après la signature des accords du 11 mars 1970 par le général Barzani et Saddam Hussein alors vice-président. Et malgré une tentative dattentat contre le général Barzani, on parlait toujours de " lune de miel " entre le Baas et les Kurdes. A cette époque, Sami Abdoul Rahman était encore ministre des Affaires du Nord dans le gouvernement irakien à Bagdad et Ali Abdoulla était gouverneur de Souleimania. Je les photographie dans leurs bureaux, tout comme Dara Tawfiq, à lépoque directeur de Al Taakhi, journal kurde publié à Bagdad, images classiques dofficiels du régime irakien. Je n'imagine pas que moins de 3 ans plus tard, je les
retrouverai au Kurdistan vivant dans des abris de fortune.
En mars 1974, cest la guerre. Dans le bastion kurde, le général Barzani a mis en place un cabinet de guerre et ladministration kurde sinstalle dans des huttes de pisé et de rondins et des tentes au bord dun torrent dans la vallée de Choman et de Nawperdan, le long de la célèbre route Hamilton. Venant désormais au Kurdistan en passant par Téhéran et Haj Omran, cest dans ce décor que je photographie les ministres, directeurs et autres fonctionnaires de ladministration kurde qui dirigeront le mouvement national kurde jusquà son effondrement après les embrassades de Saddam Hussein et du Chah dIran célébrant les accords dAlger du 6 mars 1975. Cest cette même année 1974 que je
parviens, grâce à Dara Tawfik, lancien
journaliste devenu ministre de Poursuivre la lutte de guérilla dans ces conditions sans pouvoir bénéficier du soutien de la population locale est quasiment impossible, dautant plus que le mouvement kurde est désormais divisé: ses deux principaux partis, le PDK dIdris et Massoud Barzani, et lUPK de Jelal Talabani, se livrent une guerre fratricide. Le mouvement kurde nest plus que lombre de lui-même. En 1977, étant à Bagdad, nous demandons à retourner au Kurdistan irakien. Le séjour est bref et désespérant. Nous sommes très encadrés avec interprète irakien, voiture et chauffeur du ministère de lInformation. Les seules personnalités que je peux photographier ont été choisies par Bagdad. Je ne prends que quelques photos à contrecur sous la surveillance de notre interprète. Sur la route du retour, je photographie des villes collectives en cours de construction qui doivent recevoir les Kurdes chassés de leurs montagnes: vision sinistre, nous savons que nous ne reviendrons pas avant longtemps dans la région.
Les années 1980 sont une longue période dattente pour les Kurdes. La guerre Iran-Irak séternise, une chape de plomb est tombée sur le Kurdistan irakien, les informations passent difficilement. Pendant cette période, nous allons plusieurs fois en Iran, invités à des conférences de lopposition irakienne. Nous pouvons grâce à ces voyages renouer nos contacts avec la résistance kurde en exil et nous en profitons pour aller à Karaj, prés de Téhéran; un quartier de la ville est occupé par les Barzani et leurs partisans. Après les avoir photographiés dans leurs montagnes, je nai aucune envie de prendre des photos des Kurdes dans cette ambiance de lotissements de banlieue aux petites maisons sagement alignées. Seuls demeurent de cette période quelques portraits dIdris Barzani et dautre personnalités pris au cours des conférences de l'opposition au régime de Saddam Hussein . Finalement notre persévérance à suivre ces conférences est récompensée. En 1985, les Kurdes du PDK obtiennent lautorisation des Iraniens pour que nous allions dans les zones libérées du Kurdistan irakien, dans la région de Lolan et de Chwarta. Sous le soleil de juillet, dormant à la belle étoile, le Dr. Said Barzani ,responsable de la région de Lolan , nous entraîne dans une longue marche pour rencontrer des familles déplacées, chassées de leurs villages rasés par larmée irakienne qui vivent désormais dans des abris de fortune, sous les arbres et dans des grottes à flanc de montagnes. Les photos que je prends au cours de cet été 1985, dans cette région du Kurdistan libéré, sont parmi mes préférées.A Rajan et à Zioua, le grand camp de réfugiés kurdes prés de la frontière irakienne que nous visiterons plusieurs fois à partir de 1985, nous retrouvons Masoud Barzani, entouré de ses conseillers Hoshyar Zibari, Roj Shawes, Fazel Mirani, Georgis Hassan, nous faisons leur connaissance et je les photographie sans me douter quils seront bientôt appelés aux plus hautes fonctions dans ladministration kurde quand ils reviendront dexil en 1991. Mais à cette époque, cest assis à même le sol, sur de simples couvertures dans de modestes maisons sans aucun confort, quils nous reçoivent. Décembre 1986, retour à Téhéran , encore une conférence de lopposition irakienne, je prends les dernières photos dIdris Barzani qui allait mourir prématurément quelques semaines plus tard.Le cessez le feu daoût 1988, " aussi amer quune coupe de poison " pour Khomeini, est une nouvelle catastrophe pour le mouvement kurde. Nayant plus à craindre une offensive iranienne, larmée irakienne peut concentrer ses forces contre la guérilla kurde qui vit ses heures les plus difficiles. A Rajan, Fazel Mirani me montre léquipement contre les armes chimiques saisi sur un soldat irakien.
La défaite irakienne au Koweit provoque le soulèvement kurde de mars 1991, suivi, rapidement, dun nouvel effondrement et de lexode tragique de prés de deux millions de Kurdes vers les frontières de la Turquie et de lIran. Lémotion provoquée par cet exode force les pays occidentaux à intervenir en faveur des Kurdes et à créer une zone de sécurité pour permettre le retour des réfugiés. Nous en profitons pour revenir après des années dabsence au Kurdistan irakien. Cest lété, nous retrouvons un pays en ruines mais où règne une ambiance de fête sur des routes encombrées de réfugiés qui rentrent chez eux. Au milieu de cette pagaille, les officiels kurdes essaient de mettre en place un semblant dadministration. La ville de Shaklawa est devenu le point de ralliement de tous les dirigeants de partis kurdes ; cest une chance exceptionnelle de les avoir tous là à portée de lobjectif, spontanés, sans aucune mise en scène, prenant leurs repas côte a côte, discutant autour de grandes tables. Jamais je ne retrouverai une telle liberté pour les photographier. Ce même été nous rencontrons Nechirvan Barzani pour la première fois, il est à laise devant lobjectif, ce qui est tres agréable, et je suis ravie de voir cette nouvelle génération de responsables kurdes. et toujours cette liberté qui flotte dans lair et rend les contacts si faciles .Lannée suivante, nous suivons les premières élections libres au Kurdistan , les meetings sont nombreux à travers tout le pays et rassemblent des foules impressionnantes brandissant banderoles et drapeaux de leurs partis, acclamant haut et fort leurs candidats . Je me rends compte que j'ai pris beaucoup de photos au grand angle pendant cette campagne électorale parce que je voulais montrer autant les candidats que leffervescence de leurs partisans. Les années qui suivent sont franchement sombres. Leuphorie des élections a fait place à une situation politique bloquée, les deux grands partis, le PDK et LUPK, narrivent pas à sentendre pour diriger le pays, ils se séparent et se partagent le Kurdistan. La situation économique nest pas meilleure, avec un double embargo, celui de la communauté internationale sur lIrak et celui du gouvernement irakien qui naccepte pas de voir le Kurdistan échapper à son autorité. Dans de telles conditions, la reconstruction du Kurdistan ne peut se faire que lentement. Nous ne rencontrons les personnalités kurdes quà intervalles irréguliers et la monotonie des photos -- des portraits, quelques réunions -- reflète bien la morosité qui sest emparée du pays.Il faudra plusieurs années pour que le climat politique se détende. Ce nest quau début de septembre 2002, que Masoud Barzani et Jelal Talabani se rencontrent à Sari Rash, se mettent daccord pour normaliser les relations entre les deux partis et réunir le Parlement le 4 octobre. Nous partons la veille ne croyant pas trop à cette réunion, nous avons déjà été témoins de plusieurs rendez-vous manqués. A la frontière syrienne sur lEuphrate, nous croisons Mme Mitterrand qui vient pour louverture du Parlement qui aura bien lieu à la date prévue. Pour nous cest trop tard pour rebrousser chemin et voilà comment je manque les photos de cet instant historique: la réconciliation des deux partis. Mais le 29 novembre, je peux photographier Masoud Barzani et Jelal Talabani, assis côte à côte lors de la conférence de Paris. Avril 2003, nous sommes de retour en Irak en passant la frontière à Rabia, au nord de Mossoul. Cest la première fois depuis 1977 que nous entrons légalement dans le pays. Au Kurdistan, peu de changements depuis notre dernière visite un an plus tôt; la guerre est terminée, il ny a pas eu d affrontements armés chez les Kurdes et le régime de Saddam Hussein vient de seffondrer. Pour la première fois de son histoire, le pays kurde na pas eu à souffrir de la guerre, les frontières souvrent et des Kurdes commencent à rentrer au pays après des années dexil. Une nouvelle génération de politiciens se met en place, je découvre en les photographiant combien le monde kurde a évolué, le temps des pechmergas menant la lutte armée dans les montagnes est bien terminé Mais brusquement les Kurdes qui regardaient de loin la situation se détériorer dans lIrak arabe se retrouvent confrontés à la violence qui embrase le pays. Le 1er février 2004, deux attentats suicides à Erbil pendant les fêtes de lAîd font de nombreuses victimes parmi lesquelles des personnalités que javais photographiées quelques mois plus tôt dans leurs bureaux, souriantes, plus confiantes dans lavenir après la chute de Saddam Hussein.Cette menace terroriste omniprésente contraint les autorités à prendre des mesures de sécurité très strictes pour les élections législatives de février 2005. Ces premières élections de laprès Saddam pour les deux parlements, à Bagdad et au Kurdistan, se déroulent sous haute surveillance. Aucun meeting public nest autorisé, les déplacements des personnalités sont limités à des salles fermées strictement surveillées. Je regrette la campagne des législatives de 1992, ces prises de vue en toute liberté, si proches des candidats. Et pourtant jai pu saisir pendant cette campagne de 2005 Masoud Barzani priant avec les chefs de tribus arabes -- merci aux responsables de la sécurité de mavoir laissé photographier cet instant.Un dernier mot pour conclure: La connivence qui peut sinstaurer entre le photographe et la personne photographiée permet d'obtenir une spontanéité qui rend la photo plus naturelle, plus vivante. Mais se faire oublier de la personne qu'on photographie est un instant magique qui rend la prise de vue encore plus exaltante. Jai vécu quelquefois cet instant en photographiant les personnalités kurdes, je les en remercie.
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Dubai
Shibam, Yemen Le roi Fayçal 20 ans en Iran Cheikh Zayed Abou-Dhabi Saddam Hussain Mohammed al Khouli
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