Au
bord de l’oued Soumail, sous un palmier qui dispense
une ombre légère, le petit groupe apparaît
soudain, au milieu des rochers: assis à même
le sol, une vingtaine de garçons et de filles
-- les garçons d’un côté,
les filles de l’autre -- apprennent leur lçon
sous la surveillance d’un vieillard à la
longue barbe blanche. Pour ardoises... des omoplates
de chameau, dont l’os a été lissé
par des générations et des générations
de petits élèves. trempant un stylet taillé
dans une branche dans un petit pot d’encre, les
garçons calligraphient sur leur ardoise un verset
du Coran que vient de leur dicter le maître (le
taleb). Vêtus d’une longue chemise blanche
ou brune, les yeux fardés de kohl, portant au
cou un petit porte-coran ou une amulette, les garçons,
âgés de 6 à 12 ans, sont assez indisciplinés,
et le “taleb” doit sévir, frappant
des mains pour ramener le calme...

Assises en demi-cercle autour du maître, enveloppées
dans des voiles aux couleurs chatoyantes qui couvrent
négligemment leurs cheveux longs, le front orné
d’une piécette d’argent, les fillettes
sont beaucoup plus calmes: trois d’entre elles
ont un exemplaire du Livre sacré posé
sur leurs genoux, et elles en lisent un passage, que
les autres fillettes écoutent et essaient de
mémoriser.
C’était en 1970.
Il
n’y avait alors dans tout le sultanat d’Oman
que trois écoles, et cette scène, fixée
pour l’éternité par l’objectif
de la photographe, illustre à merveille ce qu’ont
été pendant des siècles les écoles
coraniques dans tout le monde arabe -- et islamique:
en mêmee temps une initiation à la religion
du Coran, et souvent le seul apprentissage de la lecture
et de l’écriture de la langue arabe dans
des régions démunies d’écoles.
Même dans les villages ou les oasis les plus reculées,
il y avait toujours un ancien qui savait lire le Coran,
et en transmettait la connaissance.
(L'Etat du Monde, 1987)