Le Mzab
A.R. Ghassemlou A.Ocalan Das Island, UEA |
A
l’extrême ouest de l’Ecosse, au bout d’une
de ces invarisemblables petites routes écossaises tellement
étroites que deux voitures ne peuvent se croiser qu’en
se garant dans de petites “niches” aménagées
tous les 100 ou 200 mètres, un petit village: Toscaig.
22 habitants, répartis entre le “haut”
et le “bas” Toscaig, quelques pêcheurs,
trois pasteurs, une bergère, un vieillard de 93 ans
qui ne “sait pas l’anglais” -- en fait il
y a plusieurs années qu’il a juré de ne
parler que le gaëlique -- et un boucher qui n’ouvre
sa boutique qu’à... 10 heures du soir, après
avoir fait, vers 8 heures, sa tournée de facteur. Pendant
la journée il s’occupe de ses moutons...
Depuis janvier, Toscaig compte deux habitants de plus: Franck Michel, 23 ans, météorologue, et sa femme Marie Bénédicte: relevant chaque jour l’amplitude de la houle et la force du courant en fonction de l’orientation et de la force des vents, Franck permettra de déterminer les meilleures conditions météorologiques pour la dernière phase de la construction de la plate-forme et son long et périlleux voyage vers la Mer du Nord. Une tour de béton qui flotte
Ressemblant vaguement à une cloche, la plate-forme de Ninian a un diamètre à la base de 142 mètres et une hauteur de 155 mètres -- soit la moitié de la tour Eiffel. Après avoir coulé la dalle de sa base circulaire dans une cale sèche creusée dans le roc du Loch Lishorn, les ingénieurs de Howard Doris -- un consortium franco-britannique -- ont fait monter les murs intérieurs et extérieurs de la cloche sur 20 à 40 mètres avant de laisser l’eau pénétrer dans la cale -- le fond de la plate-forme flottant alors comme une boîte de camembert alvéolée hors série! Et après l’avoir remorquée jusqu’au milieu du loch, ils ont pu continuer de monter les murs de la plateforme qui s’est enfoncée dans l’eau au fur et à mesure que les échaffaudeurs et les ferrailleurs grimpaient plus haut etque l’on coulait plus de béton. Pratiquement achevée aujourd’hui, cette plate-forme est un véritable monstre de 400.000 tonnes de béton et de ferraille -- “il y a tellement de ferraille qu’on se demande où l’on met le béton”, remarque un des ingénieurs français responsables du projet -- ballasté de 200.000 tonnes de sable, d’un “tirant d’eau” de 50 mètres. A 100 mètres au dessus des eaux du loch, des ouvriers sont en train de terminer le sommet du “central shaft”, cheminée centrale, dotée d’un ascenseur. Par temps de forte houle, ils peuvent sentir les oscillations de la plate-forme. Un gigantesque ludion Enfin terminée, la plate-forme sera prête pour son second remorquage: faisant entrer davantage d’eau dans ses alvéoles de béton par tout un système de vannes et de pompes, les ingénieurs de Howard Doris vont alors se livrer à une impressionnante série de manoeuvres -- immergeant la plate-forme jusqu’à 68 mètres pour la remorquer jusqu’au large de toscaig, puis à 140 mètres pour pouvoir poser le pont métallique qui doit la coiffer: amené sur deux barges, il doit être posé sur la plate-forme avec une précision de 10 centimètres. La plate-forme est alors “remontée” à 81 mètres, en vidant les alvéoles d’une partie de leur eau. En entendant les ingénieurs responsables du projet évoquer cette série de manoeuvres on a un peu l’impression qu’ils jouent avec cette masse de 600.000 tonnes comme s’il s’agissait d’un banal ludion. Les habitants de Toscaig et de Loch Carron, eux, n’y croient pas. Et de rappeler une légende qui remonte au Moyen-Age: un jour un éléphant blanc entrerait dans le loch de Kishorn et ne pourrait plus en sortir: pour eux, l’éléphant blanc n’est autre que cette plate-forme... Mais les ingénieurs de Howard Doris éclatent de rire quand on leur raconte cette histoire: pour eux, l’opération vraiement délicate, c’est le remorquage, par cinq remorqueurs, à 2 kilomètres à l’heure, de la plate-forme -- 81 mètres en dessous de l’eau, 74 en dessus -- jusqu’au gisement de Ninian, périple de 900 kilomètres qui lui fait contourner tout le nord de l’Ecosse. Et surtout, le “coulage” de la plate-forme à son emplacement définitif: tandis que les remorqueurs se mettent en étoile, la plate-forme, remplie d’eau, s’enfonce lentement -- entre 4 et 7 mètres à l’heure -- pour venir se ficher avec une précision incroyable à l’endroit prévu: les plates-formes précédentes ont ainsi été logées -- par positionnement radio-électrique et point satellite -- avec une marge de moins de 10 mètres et de 3 degrés d’orientation. Pesant alors un million de tonnes, la plate-forme de Ninian, garantie 30 années, aura fini son voyage: ceux qui viendront par la suite se poser en hélicoptère sur cette plate-forme -- surplombant de 20 mètres seulement les eaux du gisement de Ninian -- auront du mal à réaliser qu’ils mettent les pieds sur une colonne de béton de 155 mètres de haut et de plus de 1,40 milliard de francs. (inédit)
postmaster@chris-kutschera.com Droits de Reproduction strictement réservés © Chris Kutschera 2002 |
Faucon à Dubai
Tazié, Iran
Iles d'Aran
L'homme blanc de Jérôme Mesnager
Oman |