CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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OMAN: le Sultan à la rose

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Rare photo du sultan Qabous avec une rose à la main, 1970Ce qui frappe d’abord, dans le personnage, c’est la douceur: l’œil, sombre, a quelque chose de velouté; et la voix est douce et retenue. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Le sultan Qabous ben Said est un autocrate; il n’y a pas de vie politique à Oman: “Les gens doivent apprendre à marcher avant de courir”, aime répéter le Sultan, un souverain absolu qui cumule les postes de monarque et de Premier ministre... à l’image, peut-être, d’un empereur qu’il admire beaucoup. Son immense bureau du palais de Mascate est meublé d’un bureau et d’un salon Empire, et çà et là, à côté d’une dague dorée offerte par un chef d’état, et d’une figurine de jade, on peut voir des statuettes de Napoléon Ier et de ses maréchaux. Dans sa bibliothèque, l’ancien élève de l’école militaire très britannique de Sandhurst a disposé, côte à côte, des ouvrages politiques en arabe et des études en anglais sur les campagnes de Napoléon et de la deuxième guerre mondiale.

Le sultan Qabous dans son palais de Mascate, 1989Homme de culture, le sultan Qabous est aussi un mélomane: déjà, quand il vivait en reclus auprès de son père, à Salala, la capitale du Dhofar, il écoutait des disques de Bach, Haydn, Haendel et Beethoven. Et aujourd’hui, quand il reçoit une personnalité étrangère à bord du yacht royal, l’orchestre de la garde royale joue un divertissement pendant le dîner, avant de suivre ses hôtes sur le pont où est servi le café omanais -- un délicieux café amer, versé dans de petites coupes avec des pots au long bec recourbé, en or évidemment...

Une dynastie au pouvoir depuis 1749

Mais le sultan Qabous ben Said al Bu Said n’est pas un parvenu: il est le quinzième sultan d’une dynastie au pouvoir depuis 1749. Et très conscient de ne pas régner, comme certains de ses voisins du Golfe, sur quelques arpents de sable: “Nous gouvernons un empire”, aiment dire les princes de la famille al Bu Said, comme s’ils vivaient encore à l’époque où la souveraineté d’Oman s’étendait depuis Bandar Abbas, sur la rive persane du Golfe, jusqu’à Zanzibar et Mombasa, sur la côte orientale de l’Afrique.

Forteresse de Nizwa avec son gros donjonQuand le sultan Qabous prit le pouvoir en 1970, à la suite d’une révolution de palais, il ne restait plus grand chose, il est vrai, de cet héritage: son père, le sultan Said ben Taimour, était un étonnant despote qui voulait préserver son pays des “miasmes” du progrès et gouvernait son royaume avec la conviction que “plus les chiens ont faim, plus ils obéissent”! Tout était interdit dans son domaine, où nul étranger ne pénétrait sans l’approbation personnelle du Sultan.  Il était interdit de voyager, de fumer dans la rue, ou d’écouter de la musique... Il n’y avait que trois écoles primaires, et trois kilomètres de route goudronnée entre les deux villes jumelles de Mascate et Mattra. La presse était proscrite, toute vie politique exclue, les prisons pleines, et la rébellion du Dhofar menaçait de s’étendre à tout le pays. Alors que tous les émirats du Golfe entraient dans le XXe siècle grâce à l’argent du pétrole, le sultanat d’Oman s’enfonçait dans un Moyen-Age obscurantiste.

En un peu moins de vingt ans le sultan Qabous en a fait un pays (presque) moderne. Le bond en avant est d’autant plus remarquable qu’il partait de zéro. Aujourd’hui (1989)  plus de 270.000 enfants vont à l’école dans ce pays d’un million et demi d’habitants, et une université ouverte en 1986 accueille plus d’un millier d’étudiants. Sur la côte, de Mascate à l’aéroport de Sib, sur plus de quarante kilomètres, les agglomérations se succèdent et évoquent irrésistiblement une petite Suisse, une Suisse méditerranéenne -- un îlot de développement ordonné et à l’échelle humaine dans cette Arabie où tout est démesuré. Un îlot de stabilité aussi.

En allant dans l’intérieur du pays on pénètre dans un autre monde: malgré l’existence d’un excellent réseau routier, et d’écoles et de cliniques dans chaque bourgade, l’arrière-pays omanais reste dominé par des structures tribales très traditionnelles et un Islam ibadite particulièrement rigoureux. Conscient d’avoir “un pied dans le XXe siècle et l’autre dans un pays arriéré”, le sultan Qabous a dû faire “très attention pour ne pas perdre l’équilibre”. La démocratie est une notion inconnue à Oman: rappelant qu’on ne “construit pas un grand dôme avant de poser les fondations et de dresser les murs”, le sultan Qabous déclare volontiers qu’il ne va pas “ruiner son pays avec des discours de perroquet sur la démocratie”.

Paradoxalement, ce souverain si prudent, sinon conservateur, en politique intérieure, a élaboré une diplomatie très ambitieuse qui donne au sultanat d’Oman une influence sans commune mesure avec sa population ou avec sa production pétrolière (environ un demi-million de barils par jour). Il est vrai que son rôle de gardien du détroit d’Ormouz, dont il contrôle une des rives, lui donne un atout singulier.

“On aboutit à rien en traitant les gens en ennemis... Il faut parler avec eux”. Souvent répétée par le Sultan, cette phrase a servi de maxime pour une politique de rapprochement avec des pays qui ont longtemps considéré le sultanat comme une “plate-forme américaine” -- de façon d’autant plus concrète qu’un accord spécial conclu en 1980 donne à l’Etat-Major américain le droit de prépositionner du matériel militaire sur l’île de Masira... C’est ainsi que le Sultan a établi des relations diplomatiques avec l’ex Sud-Yemen (1983) qui avait longtemps soutenu la rébellion du Dhofar, puis avec l’ex-Union Soviétique (1985) avec laquelle un pays comme l’Arabie Saoudite n’a(vait) toujours pas de relations... Mais c’est avec l’Iran révolutionnaire de Khomeini que le sultan Qabous a poursuivi la politique de rapprochement la plus audacieuse -- car l’Iran est un pays bien plus proche que l’URSS, et bien plus puissant que le Sud-Yemen: “L’Iran ne doit pas être isolé”, répète le sultan Qabous à ses visiteurs, en jouant avec une des figurines qui ornent son bureau. Ni isolé, ni provoqué. Et c’est pour cette raison qu’il demande que les visites des flottes occidentales dans le Golfe aient “désormais un caractère discret et amical”... La discrétion? Un art de vivre que ce souverain pousse à l’extrême: si l’on n’ignore pas qu’il possède l’une des plus belles écuries du monde arabe, qui sait que cet homme secret est amateur de beaux jardins: “Il n’y a pas de plus grand plaisir, dit-il, que de faire un peu de jardinage et de cueillir des roses”...

(Jeune Afrique, 23 février 1971)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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