Famine, Ethiopie
Abdoulla Ocalan
Grève de la Faim Turquie
Emirats |
Un million et demi à deux millions de réfugiés afghans en Iran Personne ne connaît le nombre exact de ces réfugiés. Mais les autorités iraniennes et le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR) estiment qu’ils sont entre 1,5 et 2 millions (contre 2,5 à 3 millions au Pakistan).
En 1979, les Iraniens, s’inquiétant du nombre croissant des réfugiés afghans, et des problèmes de santé et de sécurité qu’ils posent, ont créé le “Conseil pour les Réfugiés Afghans” (CRA) qui dépend du ministère de l’intérieur. Le CRA gère une douzaine de camps de transit près de la frontière afghane. Les réfugiés arrivant à la frontière, ou interpellés à l’intérieur du pays sans papiers, sont envoyés dans ces camps. Après un examen médical ils se voient remettre une carte d’identité qui leur permet de résider et travailler dans une ville iranienne déterminée, en fonction des besoins locaux en main d’oeuvre.
Le camp comprend aussi des bâtiments administratifs, et notamment une clinique, une pharmacie, une boulangerie, une mosquée, et des hangars pour stocker les vivres. Les réfugiés reçoivent des rations hebdomadaires apparemment assez généreuses de produits alimentaires (riz, pois, sucre, thé, viande, pommes de terre) distribuées par les Iraniens. Mais, malgré la présence d’un grand nombre d’enfants dans le camp, il n’y a pas de lait, produit assez rare en Iran. Passant souvent plusieurs semaines dans ce camp, les réfugiés, qui sont pour la plupart analphabètes, apprennent à lire en persan (langue commune aux Iraniens et à certains Afghans); les filles et les femmes suivent les cours le matin à la mosquée, et les hommes l’après midi dans une école. Un état de santé déplorable Les autorités iraniennes sont préoccupées par le mauvais état de santé des réfugiés afghans: à cause de la guerre et de la famine qui sévit en Afghanistan, les réfugiés qui arrivent en Iran sont souvent dans un état de santé déplorable. La moitié des réfugiés qui arrivent pendant les mois d’été souffre de paludisme, et la tuberculose est très répandue. La dysenterie est endémique l’été, et la bronchite, pneumonie et rougeole l’hiver. Les maladies de peau et la syphilis sont également courantes. Plusieurs de ces maladies avaient pratiquement disparu en Iran, et leur réapparition a coûté cher au gouvernement: 120 millions de dollars uniquement pour lutter contre la malaria, auxquels il faut ajouter, selon un fonctionnaire du CRA, 20 millions de dollars de frais d’importation d’insecticides. En 1985, les Iraniens ont dû faire face à une épidémie de choléra à Birjand. Des cas isolés de lèpre ont fait leur apparition. Les cas ordinaires (malaria, dysenterie, maladies de peau) sont envoyés à Meched, et les blessures de guerre à Meched, Birjand et Tayyabad. Le rythme des arrivées varie en fonction des évènements en Afghanistan. Une nouvelle campagne de bombardements (soviétiques) à Herat provoque un afflux de réfugiés. Entre mars 1985 et mars 1986, 27.000 réfugiés ont transité par le camp de Sabzevar. Mais on n’a pas de chiffres sur le nombre des réfugiés venus directement d’Afghanistan et sur le nombre de ceux qui ont été interpellés sans papiers en Iran. Fuyant la guerre Le camp de Bardeskan, au sud de Meched, est réservé aux hommes seuls. Environ 30.000 jeunes garçons et hommes y sont passés au cours des douze derniers mois. “A un moment, on voyait arriver chaque jour 500 réfugiés qui fuyaient la guerre et les bombardements; on ne savait plus où les mettre”, dit Mohammed Reza Youssefi, le fonctionnaire du CRA qui dirige le camp. Mais en mai 1986 il n’y avait que 1.200 réfugiés à Bardeskan. Tous ces réfugiés racontent plus ou moins la même histoire. Fatima Youssef, environ 20 ans, a fui son village du Hazarajat avec son mari, un paysan sans terre, et 19 autres membres de sa famille. Ils ont atteint la frontière iranienne après un exode de six mois, pendant lequel ils ont survécu grâce au travail des femmes qui ont filé du lin et l’ont vendu pour acheter de quoi manger. Aujourd’hui, Fatima est une réfugiée au camp de Sabzevar avec les onze autres femmes de la famille qui ont été séparées des hommes, sans savoir pourquoi. Gholam Reza, 40 ans environ, a fui son village dans la province de Bamyan après la mort de sa femme, tuée au cours du bombardement de leur maison. Avec sa fille, Zeinab, 14 ans, et ses deux fils, âgés de 7 et 9 ans, il a marché jusqu’au Pakistan. Ils ont été bombardés pendant leur fuite: “Il y a eu tellement de morts et de blessés dans notre caravane de 50 familles qu’on ne pouvait pas distinguer les corps des blessés et des morts”. Après ces bombardements, ils ont marché uniquement de nuit, parvenant enfin au Pakistan, puis à Meched, où ils ont été interpellés par les autorités et envoyés à Sabzevar. Ibrahim Mahmet, paraissant 60 ans, vient d’arriver à Bardeskan. Né dans un village de la province de Herat, il est parti après le bombardement de son village. “Chaque bombe a creusé un énorme cratère”, raconte-t-il. Après être arrivé à la frontière iranienne avec sa femme et ses neuf enfants, il a été séparé de sa famille au camp de transit de Tayyabad. Il attend impatiemment d’obtenir sa carte d’identité pour pouvoir aller vivre et travailler en ville. En quête d’un emploi A côté de ceux qui ont été chassés d’Afghanistan par la guerre, de nombreux Afghans viennent en Iran à la recherche d’un travail. Jalil Ahmad, 19 ans, est parti de son village dans la province de Herat à cause de la guerre. “Quand on va ramasser du bois mort”, dit-il, “les Russes arrivent, ils prennent les gens et le bois, et ils brûlent tout”. Mais il ajoute qu’il est un Moudjahidine du Jamiat Islami et qu’il a obtenu de son organisation une permission de quatre mois pour venir chercher du travail en Iran. “A la fin de ma permission”, ajoute-t-il, “je retournerai en Afghanistan, et je donnerai une partie de l’argent que j’ai gagné au comité (du Jamiat), et je donnerai le reste à ma famille”. Jalil est venu avec un groupe de 250 Moudjahidines qui font de même. Après avoir passé un mois au camp de Tayyabad, Jalil a été envoyé au camp de Bardeskan. Il a trouvé un emploi dans une briqueterie, mais il ne pourra travailler que deux mois sur les quatre mois de sa permission. Ali Shamar, 21 ans, étudiant en agronomie de Ghazni, a également quitté l’Afghanistan “pour gagner un peu d’argent et aider les Moudjahidines”. Après avoir travaillé, légalement, à Téhéran pendant 7 ou 8 mois dans une fabrique de peintures, il est allé à Meched, mais sans obtenir de permis du CRA. Il a été arrêté à l’occasion d’un contrôle d’identité et envoyé à Bardeskan. Il espère maintenant retourner à Téhéran Sa famille vit toujours en Afghanistan dans une région qui a souffert de nombreux bombardements; son village, affirme Ali, a été bombardé quatre ou cinq fois. Les autorités iraniennes ne font pas de distinction entre les réfugiés fuyant la guerre et ceux qui viennent chercher du travail. “Les Afghans abandonnent leur pays à cause de la guerre”, déclare Hassan Bashir, président du CRA. “S’il y a un petit nombre d’entre eux qui viennent en Iran pour chercher du travail, la guerre est la principale cause de leur départ. Nous n’avons pas un mouvement d’émigration provoqué seulement par la recherche d’un emploi” -- à la différence de ce qui se passait avant la guerre, quand 600.000 Afghans étaient venus travailler en Iran: ces immigrants sont considérés aujourd’hui comme des réfugiés. La tragédie des nomades Le camp d’Ahangeran est l’un des quelques camps permanents de réfugiés en Iran. C’est un camp pour les nomades afghans. S’étendant dans une vallée au pied d’une haute montagne, à quelque 60 kilomètres de la frontière afghane, il contient environ 1.200 tentes sous lesquelles vivent près de 12.000 personnes appartenant à 8 tribus différentes. A première vue, ces nomades continuent de vivre à leur façon traditionnelle, dans de grandes tentes noires où les femmes tissent des tapis. En fait, ils ont été réduits à la misère. Ils sont arrivés en Iran il y a trois ou quatre ans avec d’immenses troupeaux de 200.000 moutons et chameaux. Aujourd’hui il ne leur en reste plus que 10.000; le reste a été vendu, ou mangé, ou est mort, des suites de la guerre ou de la sécheresse qui frappe la région depuis trois ans. Dépendant totalement du gouvernement iranien, qui leur distribue vivres et médicaments, et essaie de les scolariser, ces nomades attendent impatiemment le permis qui leur permettra de travailler en ville. Si leurs déplacements à l’intérieur de l’Iran sont surveillés de très près, les nomades restent libres d’aller et venir entre le camp et l’Afghanistan, qui n’est qu’à quelques heures de marche. Le camp d’Ahangeran est donc pour le visiteur une fenêtre sur l’Afghanistan occupé, permettant d’observer comment les tribus combattent l’armée soviétique dans la province de Herat -- une région sur laquelle on a peu d’informations, étant donné son éloignement du Pakistan. Azim, 50 ans, de Hadraskan, dans la province de Herat, fait partie du Hizb Islami, un groupe de combattants sunnites. Il arrive de la région de Herat, où les positions des moudjahidines de son groupe dans la montagne ont été bombardées par deux Mig et par six hélicoptères. Son groupe de 40 moudjahidines dispose pour tout armement d’une Douchka (une vieille mitrailleuse de DCA de fabrication russe), des kalachnikovs, et un seul lance-roquettes RPG-2. Ils utilisent également des mines de fabrication artisanale. “Nous avons besoin de missiles”, dit Azim. Les repas des moudjahidines sont frugaux: des légumes poussant dans la montagne, du pain sec, et la viande des animaux qu’ils tuent à la chasse. “Quand les champs sont brûlés par les Russes, c’est vraiement la famine”, dit Azim qui a l’intention de retourner en Afghanistan dans quelques jours. Shir Ahmar vient aussi de Hadraskan. Il a fui la guerre avec 300 familles de nomades. Lorsqu’il est enfin arrivé en Iran, tous les animaux de son troupeau avaient été tués. Il travaille en Iran comme apprenti dans une briqueterie, gagnant environ 150 tomans par jour (20 dollars, au taux officiel). Quand il a mis un peu d’argent de côté, il repart en Afghanistan, où il fait partie du Jamiat Islami. Il y a quelques semaines, Shir Ahmar et son groupe ont tendu une embuscade à un convoi soviétique. Il prétend qu’avec leur lance-roquettes RPG-7 ils ont détruit un char et deux camions. L’année dernière, ajoute-t-il, ils ont capturé un soldat soviétique, un certain Andrei. “Il a prétendu qu’il rejoignait notre camp, et il s’est battu quelques jours avec nous, avant de s’enfuir”. Le poids des traditions Farouches combattants dans leur pays, les nomades afghans se révèlent parfois être des réfugiés difficiles à gérer pour les Iraniens. Et les fonctionnaires du CRA abandonnent parfois tout espoir de leur faire accepter le “progrès”. Pour ces nomades, l’école est l’endroit où les Russes prenaient leurs enfants pour les emmener à Moscou. Et ils répugnent à envoyer leurs enfants dans les écoles iraniennes, même si les garçons y sont séparés des filles. Les traitements médicaux posent encore plus de problèmes. Dr Nasrullah Hamraz, un médecin afghan travaillant pour le CRA à Ahangeran, raconte comment un nomade lui a interdit de poser un stéthoscope sur la poitrine de sa femme -- et lui a dit de le poser sur sa poitrine à lui! Quand il veut faire une injection à une femme, il doit découper avec des ciseaux un petit morceau de tissu dans sa tunique... Pour encourager les nomades à envoyer leurs enfants à l’école, les fonctionnaires iraniens d’Ahangeran envisagent de confier l’école à six jeunes filles afghanes qui ont fait leurs études dans la ville voisine de Qaen. Mais la présence de ces six jeunes filles à Ahangeran créerait autant de problèmes qu’elle en résoudrait. Après avoir passé une semaine à discuter ces problèmes, un fonctionnaire iranien découragé se demande comment il peut maintenir une certaine discipline dans le camp. “Il faut gagner la confiance de ces nomades”, répond le Dr Nasrullah Hamraz, “et pour gagner leur confiance, il faut leur donner quelque chose”. “Mais c’est exactement ce que nous faisons, et sans résultat”, répond un fonctionnaire iranien du CRA. Il y a d’autres problèmes. Comme tous les immigrants, les Afghans sont accusés -- parfois à juste titre -- de commettre une large variété de crimes allant du trafic de drogues à l’enlèvement de femmes et enfants. Devant l’afflux croissant de réfugiés afghans, certains fonctionnaires du CRA se demandent si le gouvernement iranien n’est pas en train de fabriquer une bombe à retardement en les acceptant. “Nous avons déjà tellement de problèmes avec eux, alors que nous les contrôlons. Que sera-ce quand nous ne les contrôlerons plus”, demande un fonctionnaire du CRA. En attendant, malgré ces problèmes et malgré la poursuite du conflit avec l’Irak qui draine les ressources de l’économie iranienne, le gouvernement de Téhéran continue d’accueillir les nouveaux réfugiés afghans. Le coût direct de cette assistance est élevé -- 40 millions de dollars par an, selon Hassan Bashir, le président du CRA. Cela ne comprend pas le coût indirect de leur accueil -- les frais d’éducation, de traitement médical, etc. “Tous les réfugiés afghans ont droit aux privilèges des ressortissants iraniens”, affirme Dr Bashir. “Ils peuvent travailler, ils reçoivent des coupons pour acheter des vivres bon marché, ils envoient leurs enfants dans les écoles iraniennes, et ils sont soignés dans les hôpitaux iraniens”. Un représentant d’un des groupes afghans envisage les choses quelque peu différemment. C’est vari, dit-il, que les enfants afghans peuvent aller dans les écoles iraniennes. Mais les Afghans ne sont pas admis dans les universités, qui sont réservées aux Iraniens. Et les Afghans ne bénéficient pas du système d’assurance médicale iranien, et les frais de traitement dans les hôpitaux peuvent être élevés. C’est un problème pour les groupes de moudjahidines qui n’ont pas de relations privilégiées avec les autorités iraniennes. Les groupes qui n’ont pas d’ambulance louent des taxis pour transporter leurs moudjahidines blessés depuis la frontière jusqu’à Meched ou Téhéran C’est à la fois coûteux et peu confortable. Et personne ne prend soin des familles dont l’homme qui gagne le pain de la famille a été tué au combat. En ce qui concerne la situation dans les camps en Iran, un dirigeant d’une organisation afghane fait la remarque suivante: “Nous sommes au courant des nombreux problèmes de nos compatriotes dans les camps: la séparation des familles, l’isolement des camps, la pénurie de vivres: nos compatriotes ne reçoivent pas les mêmes rations que les Iraniens. Et le principal problème est celui du permis de vivre et de travailler dans les villes. Mais nous nous taisons, pour ne pas aggraver ces problèmes. Ces problèmes dureront tant que nous n’aurons pas notre propre pays indépendant”. Les principaux groupes de Moudjahidines Pas moins de neuf groupes de la résistance afghane ont participé en mai (1986) à une conférence de presse, à Téhéran, pour dénoncer les discussions de Genève entre le Pakistan et l’Afghanistan, sous l’égide des Nations Unies. “La conférence de Genève est un complot”, ont-ils déclaré. “C’est vrai que trois millions d’Afghans ont trouvé refuge au Pakistan, mais ce sont les Moudjahidines afghans qui décideront leur destin. Le Pakistan n’est pas notre représentant”. Mais l’unanimité des groupes afghans ne va pas plus loin. Deux d’entre eux -- le Jamiat Islami et le Harakat Inqilab Islami -- sont sunnites, tandis que les sept autres sont chiites. Leurs relations entre eux, et éventuellement avec le régime de Téhéran, peuvent être tendues. Les groupes plus favorisés ont de somptueux bureaux dans le centre de Téhéran; les organisations moins privilégiés ont de modestes bureaux dans les quartiers pauvres du sud de la capitale. - Jamiat Islami C’est un groupe sunnite, obstinément indépendant. Lors des manifestations organisées à Téhéran le 28 avril (anniversaire du coup d’état communiste de 1978 à Kaboul ) le Jamiat a refusé de défiler avec des portraits de l’imam Khomeini. Ses relations avec les autorités iraniennes sont parfois difficiles. Mais les Iraniens sont pragmatiques. Ils savent que le Jamiat est le principal groupe de la résistance afghane dans l’ouest du pays, avec quelque 20.000 moudjehidines dans la province de Herat. - Parmi les groupes afghans chiites de Téhéran, le Harakat Islami -- qu’il ne faut pas confondre avec le Harakat Inqilab Islami (sunnite) -- est le partenaire privilégié du Jamiat. Il a été fondé en 1978 par Cheikh Assef Mohseni, un chef religieux qui a étudié pendant 14 ans à Najef, en Irak, avec l’ayatollah Khoi, considéré comme l’une des plus hautes autorités chiites. Ce groupe est dirigé par un conseil central basé à Qom et présidé par cheikh Assef Mohseni. À l’intérieur de l’Afghanistan,il y a un “conseil supérieur interne”, basé à Behsud, et dirigé par seyid Mohammed Adi, assisté par Ustad Mobasher, un instituteur de 32 ans, originaire de Ghazni. Selon Olivier Roy, spécialiste de l’Afghanistan, le Harakat Islami est le seul groupe chiite qui se batte sérieusement contre les Russes. À la différence des autres groupes de moudjahidines chiites, il dispose d’armes relativement lourdes: des mortiers de 60 et 82 mm, des lanceurs de roquettes multiples BM-12, des canons de 75 mm, et un canon de 122 mm dans la province de Parwan, au nord de Kaboul. Le Harakat se plaint que “les organisations sunnites ont plus d’argent et un réseau de télécommunications, basé au Pakistan, pour informer le monde de leurs opérations”. Il affirme avoir lancé un certain nombre d’opérations importantes au cours des derniers mois. À Kandahar, au début du printemps, ses forces ont repoussé une offensive des forces soviétiques sur une de ses garnisons, détruisant 5 hélicoptères et 3 Mig. À Ghazni, en février, il prétend avoir abattu 5 Mig et 3 hélicoptères. Le 23 mars, il a attaqué deux postes militaires à Kaboul et a fait sauter un hôtel, tuant ou blessant 300 personnes. De telles opérations ne visent-elles pas des civils innocents. “Ce n’est pas important”, affirme Ustad Mobasher, “parce que les pertes subies par les Russes sont beaucoup plus importantes”. Des “civils innocents”, affirme-t-il, ne travaillent pas dans de tels hôtels. Cheikh Assef Mohseni a promulgué des décrets religieux (fatwas) interdisant de travailler pour le gouvernement. Si le Harakat a de bonnes relations avec le Jamiat -- avec lequel il lance parfois des opérations combinées -- ses relations avec les autres groupes chiites sont problématiques. “Les autres partis chiites n’ont pas de front contre les Russes”, affirme cheikh Assef Mohseni, “et ils essaient de s’emparer des zones libérées”. Cette lutte pour le pouvoir se déroule essentiellement dans le Hazarajat, région majoritairement peuplée de chiites, dans le centre de l’Afghanistan, où l’influence de Seyid Behesti, un chef religieux conservateur, a été presque totalement éliminée par les gardiens de la révolution (pasdaran) et par le groupe Nasr. - Nasr Le groupe Nasr (Victoire) est un groupe chiite fondé à Kaboul en 1978, après le coup d’Etat communiste. Il a été fondé par des étudiants et par des moullas (y compris moulla Bahedi et moulla Rezai, tous les deux morts en prison cinq ans plus tard). Mais Nasr revendique comme son “précurseur” Mohammed Ismail Balhi, né à Balkhab, dans la province de Jowjan. Balhi a passé 14 ans en prison à l’époque de la monarchie de Zaher Chah, et il est mort dans des circonstances obscures. Il a écrit des poèmes en faveur d’un régime républicain libéral, ce qui n’empêche pas le groupe Nasr de prôner l’établissement d’un régime islamique en Afghanistan. Représenté à Téhéran par des hommes comme Mohammed Karim Khalili, 36 ans, de Behsud, qui a étudié dans une madrasa traditionnelle, et par Seyid Hussaini, 36 ans, de Dare Souf, dans la province de Samangan, qui a étudié à Najef, en Irak, le groupe Nasr est dirigé par un conseil d’une douzaine de membres religieux et laiques. Pauvrement armés de kalachnikovs et de quelques mitrailleuses récupérées sur des chars soviétiques, les moudjahidines de Nasr se battent sur deux fronts, contre la faction de Behesti et contre les Russes, essentiellement dans la partie centrale du pays (Ghazni, Bamyan, Behsud) et dans la région de Kaboul. Mais, selon ses rivaux, Nasr passerait surtout son temps à se battre contre les autres groupes chiites, quoiqu’une médiation entreprise récemment à l’initiative de l’ayatollah Montazeri, successeur désigné de l’imam Khomeini, ait eu quelque succès. Quoique les objectifs politiques de Nasr soient proches de ceux du régime iranien, il forme néanmoins un parti politique ayant son identité propre. Il a été fondé avant la Révolution islamique, et compte de nombreux intellectuels dans ses rangs. - À la différence de Nasr, des groupes afghans comme le Pasdaran Jihad Islami et le Hizbolla peuvent être considérés comme des émanations du régime de Téhéran Le Hizbolla a été créé après la révolution islamique par une douzaine d’activités chiites vivant dans la région de Herat. Le plus célèbre d’entre eux est connu sous le nom de Kari le manchot, 28 ans, fils d’un boulanger, qui a fait ses études dans une madrasa traditionnelle. Après avoir passé quelques mois en prison, il s’est enfui en Iran au début de la révolution avant de retourner en Afghanistan y fonder le Hizbolla. Son objectif n’était pas, explique-t-il, de créer un autre parti, “mais de lancer un mouvement populaire contre les Russes”. Se plaçant directement sous l’autorité de l’imam Khomeini, le Hizbolla afghan est dirigé par un conseil de 30 membres et par un conseil central de 5 membres. Il a depuis cinq ans un “bureau extérieur” à Meched. Son programme est de chasser les forces soviétiques d’Afghanistan, et d’établir une République islamique. Une république islamique identique à l’iranienne? Clairement, oui, mais Kari souligne que son objectif n’est pas limité à l’Afghanistan: “Un pouvoir islamique mondial est la meilleure solution”. (The Middle East magazine, August 1986, Elseviers Magazine, 22 Novembre 1986, 24 Heures, 4 aout 1987))
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