les marais d'Irak
Iles d'Aran
Yachar Kemal
Oman
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Je népiloguerai pas sur la façon dont se sont déroulés ses procès: nous avons été les premiers à demander avec André Poupart dans le "Livre Noir de Saddam Hussein" (OH Editions, Paris) un procès juste et équitable, avec un tribunal impartial. Cétait sans doute trop demander dans un pays en proie à une guerre civile. Comment la justice peut-elle sexercer sereinement quand le chaos et lanarchie règnent aux abords du prétoire ? Mais je ne cacherai pas mon énorme frustration en voyant disparaître Saddam Hussein sans que ses procès, aussi imparfaits fussent-ils, se déroulent jusquau bout -- et en particulier son deuxième procès, pour la campagne de lAnfal au Kurdistan en 1988, qui aurait dû le faire condamner pour génocide. Certes, au cours de ce deuxième procès, interrompu arbitrairement par lexécution précipitée de Saddam Hussein, des témoins ont raconté comment les paysans kurdes ont été bombardés en 1987-1988 avec des gaz par larmée irakienne. Certes, laccusation a montré des documents incriminant directement Saddam Hussein et ses acolytes. Mais lAnfal a été banalisée, et laccusation na pas montré, comme nous lavons fait dans le "Livre Noir", comment Saddam Hussein et Ali Hassan al Majid ont systématiquement préparé, planifié et organisé lextermination dune large fraction du peuple kurde dans le cadre dune campagne qui sest échelonnée sur plusieurs mois et a fait, estime-t-on, 180.000 victimes, hommes, femmes et enfants kurdes, avec lintention de détruire ce groupe ethnique, ce qui relève du crime de génocide. Les questions qui nont pas été posées à Saddam Hussein Saddam Hussein sest défendu dans son premier procès, laffaire de Doujeil, en déclarant quil est normal que les auteurs dun attentat contre un chef détat soient jugés, et éventuellement exécutés. Jaurais aimé que ses juges lui demandent pourquoi il a procédé à un châtiment collectif, faisant exécuter 148 villageois de Doujail, qui pour la plupart navaient pas participé à cet attentat, et en particulier lun deux qui était en prison au moment des faits.
La même question se pose pour les quelque 300.000 victimes chiites de la répression du soulèvement dans le sud chiite de lIrak en mars 1991. Et pour les dizaines de milliers de Kurdes "faylis" (chiites) victimes de plusieurs campagnes de déportation pour la seule raison quils étaient soi-disant dorigine étrangère. Et pour les centaines de milliers dIrakiens, sunnites et chiites, victimes darrestations arbitraires, de tortures, dexécutions sommaires pour faire partie dune "opposition" hypothétique. Pourquoi Saddam Hussein a-t-il envahi lIran le 20 Septembre 1980, déclenchant un conflit meurtrier qui a fait des centaines de milliers de victimes dans les deux camps ? Et comment justifie-t-il le recours systématique aux armes chimiques contre les forces iraniennes, et à plusieurs reprises, contre des civils iraniens, notamment à Sardacht en 1987?
En apprenant que Saddam Hussein a disparu de la scène, je ne peux pas, enfin, cacher mon énorme frustration de ne pas lavoir vu révéler, ou confirmer, qui étaient ses complices, à lEst et à lOuest, qui la aidé à fabriquer ses armes chimiques et biologiques de destruction massive, qui la aidé à tenter de fabriquer une bombe atomique, quels sont, enfin, les complices qui lui ont permis de rester si longtemps au pouvoir. Le destin a permis à Pinochet déchapper à un procès et de ne pas répondre de ses crimes devant un tribunal. Les exécuteurs de Bagdad ont délibérément torpillé celui de Saddam Hussein mais le dictateur irakien néchappera pas au jugement de lHistoire. (La Presse, Montréal, 30 Décembre 2006)
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