EUROPE
Pétrole, Ecosse
Ecole coranique turque, Berlin Hollande |
Ces Tatars qui ont bâti le Palais d'Hiver "Nos ancêtres étaient des bâtisseurs, ils vivaient dans des yourtes (tentes) dans ce quartier, qui a ensuite pris le nom de "quartier tatar", et ils ont participé à la construction du Palais dHiver et des premiers bâtiments de la ville". Il y a aujourdhui environ 500.000 musulmans à Saint-Petersbourg. Les Tatars forment le groupe le plus important (environ 150.000) mais il y a une dizaine dautres nationalités, en majorité des musulmans originaires dAsie Centrale et du Caucase...
Période de répression
Né en 1940 dans la région de Penza, à 1.500 km de Saint-Petersbourg, limam Ponchaev Djafar Nasibullovich a fait ses études religieuses à Boukhara puis à la madrassa de Tachkent, où il a obtenu son diplôme en 1975. Il voulait aller étudier au Koweit, mais il a été envoyé en 1977 à Saint-Petersbourg, où il a été nommé mufti en 1991: cest donc un pur produit de la période soviétique. "Pas difficile d'être musulman en Russie" Il affirme catégoriquement que ce nest "pas difficile dêtre musulman aujourdhui en Russie, que cétait beaucoup plus dur pendant la période soviétique: Pendant la période soviétique il ny avait pas de mosquée, pas de madrassa, nos ancêtres se sont battus, mais la religion ne nous a pas quittés... Cétait difficile; je me souviens que mon père mavait emmené à la mosquée quand jétais enfant, et on lui avait fait payer une amende". "Aujourdhui, je ne sens pas de pressions", affirme limam Nasibullovich, "je suis fier de mes ancêtres arrivés il y a 300 ans ici. Il ny a pas de conflit; nous avons de très bonnes relations avec le pouvoir local, il nous aide". Y-a-t-il des problèmes de racisme? "Il ny a jamais eu de problèmes dans notre ville, nous navons pas de problèmes avec les gens", affirme, péremptoire, le mufti de Saint Petersbourg. Ces déclarations sont dautant plus surprenantes que la presse russe se fait lécho des agressions subies par les musulmans, en particulier depuis la reprise de la guerre en Tchétchénie, et depuis la prise dotages au théâtre de Moscou. Mais le mufti explique qu"il ny a pas de problème entre les Russes et lislam: "Le problème concerne des gens qui... ne sont pas de vrais musulmans, qui ne respectent pas le Coran et qui déforment lislam... Ces gens qui prennent des gens en otages, en se réclamant de lislam, nont pas le droit de le faire". Et quand on lui demande sil na pas des problèmes pour faire venir pour la madrassa de la mosquée des professeurs originaires de Turquie ou dArabie Saoudite, accusés de répandre des doctrines fondamentalistes, le mufti réplique: "Les fondamentalistes nenseignent pas lislam, ils enseignent autre chose... Il y avait des Arabes qui enseignaient ici, mais quand je les ai entendus dire quils savaient mieux que nous comment faire la prière, quils ne respectaient pas leurs parents, et quil fallait aller quelque part tuer des gens, je leur ai dit de ne plus venir ici. Quand jentends parler dislam pur, mon coeur me fait mal. A lépoque soviétique, on cassait les chaînes qui maintenaient les portes des mosquées fermées pour pouvoir y entrer les jours de fête, et maintenant des gens viennent don ne sait pas où qui nous disent que nous ne connaissons pas lislam! Ces gens ne sont pas de vrai musulmans. Et si des gens soccupent dautre chose que de lislam, cest à nous de leur dire de quitter les lieux". Avec le mufti Nasibullovich, les autorités russes peuvent être tranquilles: ce nest pas lui qui répandra la sédition dans la communauté musulmane... Pressé de questions, il reconnaît que cette communauté vit sa foi dans des conditions difficiles: il y a une seule mosquée pour un demi million de fidèles, et le mufti attend toujours lautorisation den construire une seconde. Il ny a pas une seule boucherie "Halal" à Saint-Petersbourg. Le vendredi, le jour de la grande prière, un boucher vient avec sa camionnette dans la cour de la mosquée, et livre aux fidèles les commandes qui lui ont été faites la semaine précédente... "Nous espérons pouvoir ouvrir un magasin à côté de la nouvelle mosquée quand elle sera construite", dit le mufti. Et il ny a eu que dix personnes qui ont fait le pélerinage, le "haj", lannée dernière. "Cela coûte très cher, 1.700 dollars pour lavion et lhébergement", explique le mufti, "et les personnes âgées nont pas dargent". Auparavant, sous le régime soviétique, il y avait environ deux fois plus de pélerins: ils étaient invités par lArabie Saoudite... La "zakat"? Pendant le ramadan, les fidèles donnent de largent pour financer le fonctionnement de la mosquée. Mais la zakat proprement dire, seuls les "nouveaux Tatars" , les Tatars qui gagnent de largent dans le commerce, ou qui travaillent dans le gaz et le pétrole, peuvent payer. "Après 70 ans de communisme, cest difficile de remonter la pente", conclut le mufti Nasibullovich. Pendant le long entretien que nous avons eu avec lui, le mufti a soigneusement évité toutes les questions politiques. Moins diplomate, un de ses employés nous dira en partant: "Dîtes aux Israeliens darrêter de massacrer les Palestiniens... Saddam Hussain est brave:il se bat pour lindépendance de son pays. Pourquoi seulement les Américains ont le droit de lancer des bombes sur les gens"! (Al Wasat, 17 February 2003) postmaster@chris-kutschera.com |
Iles d'Aran
Saint-Maixent, France Hasankeyf, Turquie |
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