CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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SOUDAN: Rolf Steiner, Portrait d'un Mercenaire

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Rolf Steiner pendant son procèsLe problème essentiel de Rolf Steiner, tout au long de sa vie, semble avoir été de ne pas “exister”. Il est né en Bavière en juillet 1933. L”année de la prise du pouvoir” (par les Nazis), avait-il l’habitude de dire à ses amis. Son père, qui devait être un homme d’un certain âge, mourut très tôt. Très jeune, Steiner est confronté à une mère qui se désintéressait de lui et à l‘écroulement de l’Allemagne hitlérienne.

On a dit qu’il avait appartenu aux troupes de choc des jeunesses hitlériennes, mais son âge limite la valeur de cet engagement; et de toute façon, tout le monde en Allemagne, jusqu’à l’écroulement du IIIe Reich, était nazi, même si l’on veut l’oublier aujourd’hui. Ce qui est certain, c’est qu’il admirait ceux qui se hissaient au-dessus du commun des mortels -- et qu’il ne sut trop s’il voulait devenir soldat -- comme tout le monde  -- ou missionnaire -- comme un de ses oncles. Confusément, ce futur professionnel de la guerre voulait servir une “cause”. Abandonné par sa famille qui ne tenait pas à lui, et par son pays qui s’écroulait, Steiner s’enfuit d’Allemagne, à la recherche d’une nouvelle patrie, et d’une nouvelle identification. C’est alors que trichant sur son âge, il parvint, d’après la légende et ses amis, à s’enrôler dans la Légion Etrangère. L’identification de Rolf Steiner avec la France atteignit de telles proportions que des années plus tard, quand il retournait en Allemagne, il refusait, devant des personnes qui ne le connaissaient pas, de parler Allemand...

À la recherche d’une cause

Rolf SteinerOn ne sait pas grand-chose de sa carrière dans l’armée française. La légende prétend qu’il a combattu en Corée, mais c’est peu probable. Il a certainement servi en Indochine et en Algérie, légionnaire puis sous-officier allemand sérieux, discipliné et sobre. Il absorbe avidement tous les mythes de la Légion. Après l’aventure OAS, il se sent douloureusement rejeté. Aux yeux d’une Allemagne redevenue prospère, les volontaires de la Légion Etrangère sont de tristes épaves, et il sait que la France ne l’accepte pas vraiement parmi les siens.

C’est au Biafra qu’il connaît son heure de célébrité. On dit qu’il est encouragé par certains services français à se mettre au service de cette cause perdue. La conviction qu’il y apporte lui assure un avancement rapide, avant d’être sa perte. Promu colonel, il ira jusqu’à commander une division. C’est que l’ancien sergent de la Légion est un professionnel de la guerre, et non un soudard exubérant et pittoresque allant de beuverie en pillage, comme tant d’autres. Il s’efforce d’instaurer discipline et efficacité dans une armée dont les cadres souffrent de tous les tics et de tout le formalisme britannique. Il croit à la cause du Biafra. Comme d’autres -- médecins, par exemple -- il en fait la sienne. Ojukwu, mégalomane ambitieux, n’a que faire de cette identification. Il n’a pas besoin de Croisés. Faute de s’être limité à son rôle de mercenaire vénal et détaché, Steiner est arrêté, puis chassé honteusement du Biafra, menottes aux mains... D’Allemagne, où il est enfin retourné, il suit l’écroulement du rêve biafrais, amèrement déçu, une fois de plus rejeté.

C’est tout naturellement qu’il se laisse tenter par une autre “cause”. Des organisations charitables allemandes l’envoient se renseigner sur la situation dans le Sud Soudan où les populations noires, animistes et chrétiennes sont engagées dans un conflit avec les éléments arabisés et musulmans du Nord du pays... Il sympathise avec les maquisards “Anya-nya”, offre ses services, se rend à l’étranger pour chercher des subsides, des hommes... Il croit stupidement servir l’Afrique, mais l’Afrique le livre au gouvernement de Khartoum qui, en le jugeant, va tenter d’exorciser dix ans de méfaits des “mercenaires”.

Soldat maintes fois perdu, Steiner peut difficilement échapper à cette catégorie. On jugera en lui, à juste titre, le symbole, l’otage. Mais on regrette de le voir seul dans ce prétoire, à la place d’un Faulques, d’un Denard, ou des responsables de certains services “spéciaux” des grandes puissances. Car, de tous les mercenaires, Steiner était sans doute le moins sanguinaire et le plus pitoyable.

(Jeune Afrique, N° 555, 24 Août 1971)

 

 

 

 

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