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Ce territoire kurde libéré de 45.000 km2 constitue en effet une formidable base arrière -- presque trois fois la superficie du Koweit -- pouvant accueillir des troupes américaines et britanniques dans des conditions de sécurité satisfaisantes, et dans un environnement climatique beaucoup plus favorable que le climat torride du Koweit. Mais surtout le Kurdistan est beaucoup plus proche de Bagdad -- à une heure et demie seulement de route de Kalar et Kifri, dernières agglomérations situées en zone contrôlée par lUPK. Et à quelques dizaines de kilomètres seulement, et par de très bonnes routes, des villes stratégiques de Mossoul et Kirkouk. Trois pistes
Quel rôle militaire peuvent jouer les "pechmergas", les maquisards kurdes? Depuis le début de la crise irakienne, certains analystes minimisent le rôle des combattants kurdes, affirmant quon ne peut en aucune façon les comparer aux milices de lAlliance du Nord de lAfghanistan. Cest ignorer la redoutable aptitude au combat de guérilla de pechmergas qui ont fait leurs preuves contre une des meilleures armées arabes. Cest surtout ignorer lhistoire: depuis 1958, les combattants kurdes nont cessé de faire tomber les gouvernements de Bagdad -- et ils ont forcé Saddam Hussain, en 1970, à reconnaître solennellement lautonomie du Kurdistan.
Un armement léger Les effectifs? Le PDK dispose denviron 60.000 pechmergas, lUPK en a un peu moins. Leur armement est celui de toutes les guérillas: la kalachnikov, le RPG (lance grenades), la douchka (une vieille mitrailleuse de DCA de 12,7 mm, de fabrication soviétique comme presque tout larmement des Kurdes), le BKC, un fusil-mitrailleur, quelques pièces dartillerie, les mortiers (82mm), et quelques unités de mini-katyouchas. Le PDK et lUPK disposent de quelques missiles SAM-7, pour la plupart probablement hors détat de fonctionner. Le pechmerga classique est un paysan qui a rejoint les rangs de la résistance kurde et qui a fait sa formation sur le tas. Ses qualités essentielles sont le courage, une endurance physique à toute épreuve, et la connaissance du terrain. Depuis la libération des trois quarts du Kurdistan en 1991 et la mise en place dinstitutions kurdes autonomes, de nouveaux types de pechmergas encore plus redoutables ont fait leur apparition: Lécole des forces spéciales de Zawita, près de Dohok, est une institution unique qui réalise la synthèse de la formation des écoles militaires classiques de larmée irakienne et de lexpertise acquise sur le terrain de la guérilla par les combattants du PKK. Certains chefs de bataillon de ces forces spéciales sont danciens combattants du PKK. Dautres sont danciens officiers supérieurs de larmée irakienne, donc anciens membres du parti Baas. Aujourdhui ils enseignent aux recrues de lécole spéciale de Zawita la tactique, la topographie, le combat de nuit, le réglage dun tir de barrage dartillerie, les méthodes de protection contre les armes chimiques et biologiques. Les anciens du PKK enseignent lart du camouflage et toutes ces techniques de la guérilla que le PKK sait utiliser à merveille, faisant ladmiration de ses adversaires du PDK. Composée uniquement de volontaires sengageant pour une période de trois ans et demi, cette force spéciale comprend déjà plusieurs bataillons de 500 à 600 hommes issus de lécole de Zawita. Parallèlement à cette école militaire spéciale, le PDK a créé des unités de commandos, placés sous le commandement de Wajji Barzani, un des frères de Massoud Barzani. Par ailleurs, le gouvernement dErbil a créé à Zakho une Ecole Militaire classique, dirigée par le général Shehab Ahmed, lui aussi un ancien officier supérieur de larmée irakienne, et un ancien baasiste. Fonctionnant sur le modèle des écoles militaires classiques, cette "académie militaire" de Zakho forme des promotions dune centaine dofficiers qui obtiennent en deux ans le grade de sous-lieutenants... en suivant rigoureusement le programme des écoles militaires irakiennes, destinés à encadrer lébauche darmée régulière kurde. A Souleimania, lUPK de Jelal Talabani a fait de même, créant son académie militaire et ses unités de commandos. Si les Américains décident de créer un second front à partir du Kurdistan, les pechmergas pourront donc jouer un rôle très important. Tout dabord dans le domaine du renseignement. Depuis des années, les dirigeants kurdes ont noué des relations avec les généraux et les colonels du 1er corps darmée basé à Kirkouk, et avec ceux du 5e corps, basé à Mossoul. Et, plusieurs centaines de milliers de Kurdes vivant encore dans la partie du Kurdistan contrôlée par le gouvernement -- et à Bagdad -- le PDK et lUPK sont bien placés pour disposer de renseignements sur le moral des unités irakiennes, sur les mouvements des forces irakiennes, sur lemplacement des champs de mines, et éventuellement sur la position de batteries de missiles Scud et autres armes prohibées. Kirkouk et Mossoul Mais cest le jour où les Américains décideront de prendre Kirkouk et Mossoul que ces combattants des forces spéciales kurdes joueront un rôle très important: entraînés pour le combat en montagne et en zone urbaine, les commandos de Wajji Barzani, en particulier, sont aptes à sinfiltrer derrière les lignes de lennemi, attaquer ses lignes de communications et réaliser des opérations de sabotage (couper leau, lélectricité) pendant que celui-ci fait face à une attaque frontale. Servant déclaireurs à des unités des forces spéciales américaines et britanniques, progressant sous la protection de laviation de la coalition, les Kurdes pourraient permettre à des unités alliées relativement légères mais équipées darmes sophistiquées (missiles anti-chars et anti-aériens) de semparer de ces positions stratégiques: en 1991, les Kurdes avaient réussi à semparer de la plus grande partie de la ville de Kirkouk, et ils nont dû labandonner quaprès lintervention de lartillerie lourde irakienne, et surtout, des hélicoptères de laviation irakienne. Ils sétaient auparavant emparés dun important matériel militaire -- avions, blindés, artillerie -- que faute dentraînement, ils navaient su utiliser et avaient dû se résoudre à détruire... Bagdad, la capitale, est, plus encore que Kirkouk et Mossoul, lobjectif dont les kurdes souhaitent semparer. "Avec une couverture aérienne et un soutien dartillerie, nous pouvons prendre Bagdad", affirme Kosrat Rassoul, ancien premier ministre et chef militaire de lUPK à Souleimania. Même sils ne sont finalement que des forces supplétives, les Kurdes, nombreux à parler larabe, pourraient jouer un rôle très important pour prendre la ville et assurer le maintien de lordre dans une capitale enfin "libérée". Les jours qui viennent amèneront peut-être Américains et Britanniques à devoir jouer la carte kurde malgré les dernières pressions turques. (Le Monde, 31 mars 2.003)
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