Felicia Langer
Victime du déminage, Iran Marjane Satrapi
Hafez al Assad |
L'essor du tourisme en 1936 “Au début, il n’y eut que de rares “pèlerins”. En fait, c’est en 1936, au moment du Front Populaire, que le tourisme prit son essor: des trains entiers de congés payés ont débarqué à Cheverny. Et à partir du moment où l’on a ouvert les portes aux touristes, il n’y a plus rien à inventer”.
En fait, le nombre des visiteurs de Cheverny avoisine les 200.000 chaque année; avec des tickets individuels à 7,50 F et des tickets de groupe à 4 F, cela représente une somme considérable. “Sans les touristes, on ne pourrait pas vivre”, répond Arnaud de Sigalas, et en bon gestionnaire, il fait un gros effort promotionnel pour attirer un plus grand nombre de touristes à Cheverny. “Vous savez, je crois beaucoup au tourisme: grâce aux journaux et à la télévision, les gens se cultivent de plus en plus. Et les loisirs sont de plus en plus longs. Mais je crois qu’en France, nous sommes encore des débutants dans ce domaine. Prenons un exemple: le propriétaire d’un château fait un dépliant. La région en fait un. Et le département aussi! Si on savait se grouper, ce serait plus efficace. Actuellement on assiste à un gaspillage énorme. Mais souvent, les propriétaires préfèrent le “coup par coup” isolé. La limite à ne pas franchir Personnellement, je suis tourmenté -- c’est ma bête noire -- par la limite qu’il ne faut pas franchir pour que Cheverny devienne une affaire commerciale. Certes, on vit du tourisme. Certes, Cheverny est commercialisé, mais il faut protéger son image de marque: Cheverny est un haut lieu de la vènerie, c’est un château habité... “Pour l’instant, je n’accepte que quelques rares banquets et congrès dans l’ancienne orangerie. Mais peut-être que dans trois ans, je ferai comme les “copains”, et j’aurai des Japonais dans ma salle à manger”.
“Si j’étais né soixante ans plus tôt, cela me gênerait peut-être. Mais ma femme et moi, nous n’avons pas connu autre chose. Et les appartements sont très bien disposés: ma tante (la veuve du marquis de Vibraye) vit dans une aile, ma femme, les enfants et moi dans l’autre... Et puis les touristes ne visitent que le corps central. “En réalité, pour moi, tout est mêlé: il n’y a pas une partie bureau, puis on rentre chez soi. Le téléphone sonne partout. Pouvez-vous imaginer qu’à Cheverny j’ai dix-huit appareils, dans le bureau, l’appartement, les communs, les écuries, etc. Je vois moins ma femme et les enfants qu’à Paris”. Arnaud de Sigalas vit comme tous les autres PDG, sans horaires de travail fixes. “La chasse, les chevaux m’occupent six mois sur douze. Et il y a le reste: les bois de Cheverny -- 1.800-1.900 hectares -- c’est mon problème numéro Un. Si j’étais un forestier, je ferais des ensemencements, avec des quadrillages, mais je ne peux pas, à cause de la chasse. Les grands animaux aiment les fourrés et les couverts. Et puis, maintenant, les Eaux et Forêts imposent un “plan simple de gestion”... L’équipage?
“On chasse le samedi et le mardi sur un territoire de rêve: 50.000 hectares! Évidemment, il y a des problèmes, avec les pavillons, les rois arabes qui posent des clôtures de six kilomètres de long, et les écologistes... Mais le mardi, nous chassons entre nous: ma femme et moi, Lafeuille (le piqueux), Jolibois, une invitée, une invitée et demie! Une fois nous avons pris notre cerf à neuf heures et quart. Nous étions restés onze heures à cheval. Une heure après, j’étais sur l’autoroute, fonçant vers Paris, où je passe environ deux jours par semaine. Je vais à des réunions, pour les forêts et les étangs, les fédérations dont je m’occupe, je fais faire des affiches, des maquettes de Cheverny, je vois des gens du tourisme”... (Signature, N° 110, Avril 1979, extraits)
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