Qazi Mohammed, Kurdistan Iran
Iran
Paris
Muzo, Colombie |
Les crimes et les rapines des conquistadores sont
oubliés depuis longtemps -- on a aussi oublié
qu’ils ont presque tous fini misérablement,
s’entre-tuant, ou pourrissant dans une prison.
Mais à la différence des chercheurs
d’émeraudes de la Colombie d’aujourd’hui,
les conquistadores ne pensaient pas qu’à
faire fortune: ils travaillaient aussi pour la gloire
-- et pour Dieu. L'extraordinaire Villa de Leyva De toutes ces villes, la plus émouvante, par son admirable simplicité, est sans conteste Villa de Leyva, extraordinaire pour un Grand d’Espagne qui se croyait sans doute encore en Andalousie, et a su créer, autour d’une place, l’illusion d’une ville, alors qu’immédiatement derrière ces façades blanches s’étend une montagne aride et autrefois hostile. Mais la gloire de Dieu, c’est à Popayan que les fils des Conquistadores espagnols ont su la chanter avec la plus grande perfection, dans la minuscule église de l’Ermitage, une petite chapelle de murs peints à la chaux, où brillent avec un éclat d’invraisemblance l’or et l’argent d’un autel et d’un calvaire que la plus riche église de France ne pourrait s’offrir, et dans les églises de l’Incarnation, du Carmen, de Santo Domingo, de San Francisco, de San Agustin, où des artistes espagnols et de l’école de Quito ont poussé à l’extrême le délire baroque et sculpté avec la même frénésie des Christ dont la souffrance est à peine supportable et des angelots innocents.
Encore quelque dizaines de milliers d'Indiens Il reste encore quelque dizaines de milliers d’Indiens en Colombie, disséminés à travers le pays, réfugiés dans les terres dont personne n’a voulu, comme les terres les plus hautes des Andes, les forêts inaccessibles du sud-est du pays, où dans les régions qui n’ont pas encore suscité les convoitises des Colons, comme la Guajira. La terre... Aujourd’hui encore la terre est le plus grand problème des Arhuacos, qui vivent au nombre de 4.000 à 5.000 sur le versant méridional de la Sierra Nevada de Santa Marta, des Koguis, dont il ne reste plus que quelques centaines, sur le versant septentrional de la même Sierra, et des 20.000 Guahibos des Llanos. Ce sont des indiens appartenant à un sous groupe des Guahibos, les Cuibas, indiens nomades chassant encore avec des arcs, qui ont été froidement assassinés il y a quelques mois par des ganaderos parce qu’ils avaient tué des vaches de leur hacienda -- sur “leurs” terres diraient les Cuibas. Et dans la Sierra Nevada de Santa Marta, les Arhuecos ont finalement obtenu du gouvernement qu’aucun étranger à la région ne puisse pénétrer dans les terres indigènes -- ou ce qui en reste -- sans autorisation expresse du ministère de l’intérieur. Pour les Colombiens, il n’y a pas de problème, les Indiens ssont des “bêtes habillées comme nous”, pour reprendre les mots d’une petite fille de Bogota âgée de 12 ans... Et cette opinion doit être assez répandue”, puisque les assassins des Cuibas ont été relaxés par le tribunal qui les a jugés (devant l’émotion suscitée par cette décision, ce jugement a finalement été cassé, et l’affaire doit passer devant un autre tribunal). Pour certains Indiens, et pour les Arhuacos en particulier, tout n’est pas aussi simple: on les voit accepter sans protester de se faire pratiquement jeteer à la porte des petites épiceries du village “blanc” de Pueblo Bello quand il est manifeste qu’ils n’ont plus d’argent à y dépenser. Et quand ils trottinent dans les rues du village, ivres parfois, et souvent sales, on serait incliné à leur accorder un “air soumis”, et à croire qu’après tout, ils sont persuadés, eux aussi, qu’ils sont à peine des hommes... Mais il faut les avoir vus “chez eux”, en terre indienne, quelque part entre 1.250 et 3.500 mètres d’altitude dans la Sierra, pour ressentir à quel point ils méprisent les “civilisés”, s’en méfient, et peut-être les haïssent. Pénétrer dans la “cancura” (maison communale où les Arhuacos s’adonnent à leurs rites religieux sous l’égide d’un “Mama”) du petit village de San sebastian est un exploit, et l’hostilité des assistants est patente... “Tous les “civilisés” qui passent ici viennent avec de mauvaises intentions”, explique un Arhuaco dans un parfait espagnol, “ils viennent pour repérer quelles sont les terres qu’ils peuvent encore nous voler, pour piller les tombes de nos ancêtres, et même quelque fois pour nous tuer”. Et d’expliquer comment, “sans parler de l’époque (de la Conquête) où on nous a pris toutes nos terres”, les colons contemporains, s’apercevant que les indiens arrivent à faire fructifier même les terres froides de la Sierra, les chassent de plus en plus vers les terres hautes et peu fertiles: “C’est simple, ils prennent toutes les vallées et nous laissent les sommets”. Qu’est-ce qu’un Colombien? C’est probablement la question la plus délicate et la plus difficile que l’on puisse poser dans ce pays. Au départ, tout est simple... (Reportage commandé par Atlas, non publié, 1976) (Auto-Moto, Février 1983)
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