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Abdoulla Ocalan Général Barzani |
“A cette époque”, poursuit le fondateur du Mouvement nationaliste arabe au Koweit, “il n’y avait rien dans le Golfe qui méritât de fixer notre attention: les émirats étaient de petits villages, avec quelques centaines ou quelques milliers d’habitants, gouvernés par des cheikhs qui passaient leur temps à se quereller et à s’entretuer, sous le contrôle des Anglais. Il n’y avait là rien d’important. Avec l’arrivée du pétrole, les émirats sont devenus riches -- et des Etats artificiels ont été créés. En ce qui nous concerne, nous n’avons jamais pensé que les Emirats -- Abou Dhabi, Dubai, Charja, même le Qatar -- étaient des Etats viables ni qu’ils survivraient... Ils auraient dû être réintégrés à l’Oman. Pour Bahrain et le Koweit, c’est différent, ces Etats existent depuis longtemps”.
L'Unité Arab “Nous croyions à l’unité arabe -- à l’existence d’une seule nation arabe: c’était la tendance, partout, dans les années 1940 et 1950, et ensuite sous Nasser. Nous n’étions pas pour n’importe quelle unité, nous n’étions pas pour une unité dynastique, comme l’union irako-jordanienne, patronnée par les Britanniques, pour les Hachémites... Nous voulions une unité qui apporterait le bien-être au peuple”. “Mais l’unité arabe n’a jamais été un projet élaboré. Nous en parlions comme d’un rêve. Dans le mouvement arabe, il n’y a jamais eu un seul projet concret: une fédération, une confédération, ou devait-il aboutir à une unité totale? Nous n’avons jamais répondu à ces questions -- nous n’avons jamais soumis un projet sérieux, concret, aux peuples. Même le Baas ne l’a pas fait”.
Nous ne faisons pas confiance au gouvernement actuel Evoquant le dernier avatar de l”unité arabe”, l’annexion du Koweit par les forces de Saddam Hussain, et les risques d’une guerre au Moyen-Orient, le Dr Ahmed Khatib affirme qu’il ne cherche pas à savoir comment cela affectera l’avenir de la région: “Ce n’est pas notre problème... Ce qui nous intéresse, c’est le futur du Koweit, comment nous allons y retourner. Nous préfèrerions évidemment une solution pacifique -- qui aime la guerre? -- mais nous n’avons pas notre mot à dire: la décision est entre les mains des Américains. Tout sera différent selon qu’il s’agira seulement d’une guerre pour libérer le Koweit, ou si la guerre frappera aussi l’Irak. Mais s’il y a la guerre, de toute façon le Koweit sera détruit, et il faudra en ramasser les morceaux”... Sortant de la réserve qu’il avait observée jusqu’alors à l’égard de la famille princière des Al Sabah, le Dr Ahmed Khatib déclare: “Nous ne faisons pas confiance au gouvernement actuel: ce n’est pas un gouvernement, c’est un cabinet de la famille Al Sabah. Nous sommes très inquiets pour l’avenir des Koweitiens quand nous retournerons au Koweit, que ce soit dans le cadre d’une solution pacifique ou après une guerre. Nous nous demandons comment nous pourrons forcer les Al Sabah à respecter la Constitution... Ils sont pires qu’avant. Ils veulent concentrer tout le pouvoir entre leurs mains et refusent de former un gouvernement d’union nationale”. L’opposition démocratique koweitienne avait demandé la formation d’un tel gouvernement d’union nationale lors de la conférence de Djedda le 13 octobre dernier, à laquelle avaient participé plusieurs centaines d’anciens députés, hauts fonctionnaires et représentants de l’élite koweitienne. Cheikh Saad al Sabah, Premier ministre et prince héritier, avait soutenu qu’une telle initiative affaiblirait la position internationale du Koweit; l’opposition s’était alors contentée de la formation d’un comité d’une trentaine de membres, présidé par Cheikh Saad, qui devait remédier aux déficiences de la gestion financière du gouvernement, ou de sa campagne de propagande contre le régime de Saddam Hussain. Mais, affirme le Dr Khatib, le gouvernement a mis un mois à choisir les membres de ce comité -- à les mal choisir -- et le comité ne devait se réunir que le 7 janvier 1991, à Taef, en Arabie Saoudite. “C’était trop tard, cela voulait dire que toutes les résolutions de la conférence du 13 octobre étaient devenues caduques”, ajoute le leader de la gauche koweitienne, qui accuse les Al Sabah de “former une armée spéciale, en recrutant un certain nombre de mercenaires, pour entrer les premiers dans le Koweit. Ils veulent s’imposer aux Koweitiens parce qu’ils savent que ceux qui vivent sous l’occupation irakienne n’ont aucune estime pour une famille princière qui a fui devant l’ennemi. Les Al Sabah savent que ces gens sont armés, et ils veulent les désarmer”. “Ils ne veulent pas non plus laisser rentrer en même temps tous les Koweitiens, arguant le fait que tout est détruit, qu’il n’y a plus d’hôpitaux, pas de vivres, qu’ils est donc impossible d’assumer le retour en masse d’un demi-million de personnes. C’est raisonnable mais... qui retournera d’abord? C’est le problème. Nous savons qu’ils inviteront à revenir en premier ceux des Koweitiens en qui ils ont confiance... Ils veulent tout contrôler au Koweit avec une poigne de fer!” Et le Dr Khatib d’affirmer que “les Al Sabah, imitant les autres dirigeants arabes, menacent de tuer les opposants, à l’intérieur et à l’extérieur du Koweit”. La légalité des Al Sabah est en doute Excédés par les manoeuvres des Al Sabah, les dirigeants de l’opposition koweitienne -- et les représentants des grandes familles de négociants -- avaient décidé de demander, lors de la réunion du 7 janvier, la convocation immédiate du parlement élu en 1985, et la formation, dans la foulée, d’un gouvernement d’union nationale qui ne comprendrait aucun des ministres du gouvernement précédent. “S’ils refusent”, avait déclaré le Dr Khatib, “nous démissionnerons immédiatement et nous contesterons leur autorité. Nous avons de nombreuses options devant nous. La légalité des Al Sabah est en doute”. Parmi ces options, le Dr Khatib évoque notamment: - la convocation du parlement par son ancien président. “Le parlement pourrait démettre le gouvernement. Nous devons sauver les Koweitiens des Al Sabah”. - La formation d’un gouvernement de l’opposition est aussi une possibilité. - Enfin, le Dr Khatib envisage également la constitution d’un comité qui irait contester l’autorité des Al Sabah devant le Conseil de sécurité de l’ONU! Manifestement, l’invasion du Koweit par l’armée de Saddam Hussain a contribué à ouvrir un “nouveau chapitre” dans l’histoire de l’émirat. “Nous ne voulons pas renverser l’Emir”, dit le Dr Khatib, “mais si la Constitution stipule que l’émir est un membre de la famille al Sabah, elle ne dit rien sur les autres membres de la famille. La Constitution ne mentionne que l’émir, avec des pouvoirs limités, c’est tout. Nous ne voulons pas renverser l’émir -- non -- s’il respecte la Constitution”. Mais, ajoute le Dr Khatib en riant, “si nous en arrivons au point où nous devons former un gouvernement, nous n’allons pas nommer un émir”. Affirmant tout ignorer des tractations entre les Al Sabah et l’administration américaine, il rappelle que pendant son séjour aux Etats-Unis l’Emir Jaber al Sabah a promis de respecter la Constitution, de rappeler le parlement, et de laisser une liberté totale à la presse. “Vous voyez où nous en sommes”, observe le Dr Khatib, qui précise qu’il n’a jusqu’à ce jour établi aucun contact avec l’administration américaine ou lmes régimes arabes du Golfe. “Nous préférons résoudre cette affaire entre nous... Mais s’il y a rupture, nous contacterons tout le monde... sauf les Irakiens. Koweit sera différent. Personne n’acceptera un retour au passé”. “Il est clair que si nous formons un gouvernement, nous devrons revoir tous les principaux aspects de la politique koweitienne: le problème de la nationalité, le statut des femmes, la loi électorale, le nombre d’étrangers admis au Koweit, la distributions des revenus du pétrole. Toutes ces questions devront être réexaminées et résolues différemment. Nous devons élaborer un nouvel ordre dans la région”. Réfléchir au nouvel ordre arabe Interrogé sur les répercussions des évènements actuels dans le reste du Golfe, le Dr Khatib se montre réservé: “Nous connaissons, certes, les aspirations des populations de la région, mais auront-elles la possibilité et la capacité de les réaliser? Le monde les soutiendra-t-il? L’histoire montre que lorsque les princes ont l’appui des puissances étrangères, ils deviennent arrogants et recourent à l’oppression. Est-ce que ce sera encore la même chose? Ou les princes vont-ils changer? Nous l’ignorons. Les gouvernement préfèrent aussi avoir affaire à un homme, un seul homme: c’est plus facile que de traiter avec un régime démocratique. La démocratie donne mal à la tête (rire...). Il faut consulter trop de gens. On a beaucoup dit qu’au sommet du Conseil de Coopération du Golfe (22 décembre 1990) il serait question d’une nouvelle participation des populations du Golfe, avec des parlements -- bref, qu’il y aurait des changements. Mais rien de tout cela n’a été discuté. Les populations de la région ont été très déçues par le sommet. Les princes se montrent aussi arrogants qu’auparavant. Peut-être pensent-ils que les troupes américaines vont rester dans le Golfe après la crise, et les protéger”? “Les Saoudiens, c’est clair, sont contre tout mouvement démocratique dans la région. Les rumeurs sur la mise en place d’une assemblée consultative? On en parle chaque fois qu’il y a une crise, mais nous ne pouvons pas leur faire confiance”. Les habitants des émirats du Golfe ne pourraient-ils pas suivre l’exemple des Koweitiens? “Non”, affirme le Dr Khatib, nous sommes bien organisés, notre mouvement a une histoire... Et dans les Emirats les cheikhs ont mis en place un appareil de sécurité -- une armée, une police -- composé en grande partie d’étrangers. Et ils ont l’argent”. Ce n’est qu’à contre-coeur que le Dr Khatib se laisse aller à des spéculations sur les conséquences d’un conflit pour l’ensemble du monde arabe: “Ce qui est certain”, se borne-t-il à dire, “c’est que déjà avant la crise du Golfe, il y avait un mouvement, une évolution vers plus de démocratie dans la région, en Jordanie et en Algérie. Cette tendance sera renforcée par la mise en place d’un régime démocratique à Koweit... Il est difficile de dire ce qui se passera en Syrie si la crise est résolue sans conflit: le régime d’Assad survivra probablement quelques années, mais pas éternellement. S’il y a une guerre limitée, je ne sais pas ce qui se passera... Mais en cas de conflit étendu à l’Irak, avec une guerre de destruction, alors l’issue d’un tel conflit est totalement imprévisible. Ce sera la pagaille. Que feront les Turcs, les Syriens? Que fera Israel? Que feront les Iraniens? Et les Kurdes, qui rêvent d’une nation à eux? Chacun voudra s’emparer d’un morceau (du territoire irakien)”. “Certainement”, conclut le Dr Khatib, “il faudra réfléchir à ce que sera le nouvel ordre du monde arabe... Mais aujourd’hui, nous avons quelque chose de plus urgent à faire. Pour nous, Koweitiens, c’est une question de vie ou de mort: Il faut retourner chez nous, il faut établir un système démocratique, il faut mettre de l’ordre dans notre maison. Nous pourrons ensuite penser au futur”. (Les Cahiers de l’Orient, N.20, Hiver 1990)
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