Shibam, Yemen
Médecine traditionnelle, Chine Marais d'Irak Cherif Ali, Irak |
Survenant au moment où les “faucons” de l’administration américaine espèrent convaincre le président George W. Bush d’attaquer l’Irak dans le cadre de sa guerre contre le terrorisme, ces affrontements au Kurdistan irakien retiennent d’autant plus l’attention qu’ils ont été provoqués par un groupe islamique qui serait lié... à l’organisation d’Oussama ben Laden. Longtemps très minoritaire, le mouvement islamique kurde irakien a bénéficié de la véritable guerre civile qui a opposé les grands partis kurdes traditionnels de 1994 à 1998, faisant plusieurs milliers de morts parmi les combattants, déplaçant des dizaines de milliers de civils et aboutissant à la partition du Kurdistan irakien en deux régions ayant chacune leur gouvernement kurde dirigé par le PDK à Erbil et l’UPK à Souleimania. Ce mouvement islamique a aussi bénéficié du soutien financier et matériel de l’Iran, qui a vu dans l’essor de ce mouvement un moyen d’affaiblir Massoud Barzani et Jelal Talabani et de faire pression sur eux en créant une troisième région kurde: basé à Halabja, près de la frontière iranienne, le mouvement islamique échappait totalement au contrôle du gouvernement de l’UPK de Souleimania, dont dépend administrativement la région de Halabja. Les partis kurdes révisent leurs relations avec les Islamistes
Une histoire riche en scissions
Plus représentative est l”Union Islamique du Kurdistan” (UIK) de Salahadin Mohammed Bahaadin. Très proche des Frères Musulmans, se déclarant “réformiste” et opposé à l’emploi de la violence, ce groupe qui n’a pas de milice est représenté dans le gouvernement kurde d’Erbil (le ministère de la justice). Il entretient de bonnes relations avec les Frères Musulmans égyptiens, avec la ligne d’Erbakan en Turquie, et avec les organisations islamistes proches des Frères Musulmans d’Arabie Saoudite. D’autres groupes se déclarent officiellement partisans de la lutte armée. Parmi eux le “Groupe Islamique du Kurdistan” (GIK) d’Ali Bapir, l”émir” du groupe, et cheikh Mohammed Barzinji (son “guide spirituel”). L’aile extrémiste du mouvement islamique kurde irakien est composée de groupuscules comme le “Djihad islamique”, les “Pechmergas de Soran”, et le “Tawhid”, qui se sont séparés du MIK en 1998 et 1999 et sont dirigés par le moulla Krekar et cheikh Salman. Voulant imposer le port du voile en vitriolant des femmes non couvertes d’une “aba”, organisant des attentats contre les salons de coiffure et les débits de boissons, et contre les chrétiens -- ce serait le “Tawhid” qui serait responsable de l’assassinat de François Hariri -- ces groupes ont été pourchassés par le PDK et l’UPK et ont dû se réfugier dans les montagnes, près de la frontière iranienne, dans les régions de Haj Omran et de Qandil. Il y a quelques mois ces trois groupes se sont unifiés pour former le “Jund al Islam” (Soldats de l’Islam), dirigé par un certain Abou Abdalla al Shafihi, un dissident du MIK qui serait allé se battre en 1993 en Afghanistan contre les Russes. Composé de dissidents du MIK, le “Jund al Islam” a pu s’équiper avec des armes lourdes prélevées sur les stocks du MIK, et il représenterait aujourd’hui une force de 300 à 400 combattants, composée de 5 “katibas” (brigades) armées de mortiers de 80 et 120 mm, de lanceurs de roquettes multiples, des mini-katyushas, et d’artillerie classique. Après de violents combats fin septembre, les forces de l’UPK ont chassé les islamistes de Halabja, et ceux-ci sont désormais réfugiés à Tawila et Biyara, à la frontière iranienne. L’UPK, dont quarante “pechmergas” (combattants) ont été égorgés après avoir été faits prisonniers par traîtrise le 23 septembre, a lancé une campagne de propagande de grande ampleur pour démontrer que le “Jund al Islam” est lié à l’organisation “Al Qaida” d’Oussama ben Laden: Des “arabes afghans”, un jordanien, un égyptien et un syrien, assureraient la liaison avec Ben Laden, et auraient remis plusieurs centaines de milliers de dollars à “Jund al Islam”. Et quatre combattants de “Jund al Islam” d’origine jordanienne auraient été tués au Kurdistan. On doit cependant accueillir ces informations avec une certaine prudence, car on voit mal l’Iran soutenir un mouvement lié de près ou de loin à Oussama ben Laden et aux Talibans. Et on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une campagne destinée à provoquer une intervention américaine en Irak, comme le souhaitent ardemment certains chefs kurdes... (RFI, site Internet, Décembre 2.001)
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