CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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IRAN: Marjane Satrapi, la vie sous le régime des moullas racontée et dessinée par une jeune Iranienne

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Ibrahim Rugova

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Marjane Satrapi n’est pas une jeune femme banale: c’est une vraie princesse. Son grand père maternel était le fils de Nasreddine Chah, le dernier empereur de la dynastie Qadjar qui a régné en Iran avant les Pahlavi. Et c’est une princesse “rouge”, élevée dans une famille très progressiste, dont de nombreux membres et amis furent envoyés en prison pour communisme; en guise de contes de fée,  son père lui donnait à lire des BD sur l’histoire du marxisme. Ses parents, des intellectuels très engagés, décidèrent de se séparer de leur fille unique et de l’envoyer en Europe à l’âge de 14 ans pour lui épargner l’oppression d’un régime islamique alors à son comble. Fuyant les préjugés des moullahs iraniens, la jeune Marjane fut confrontée aux préjugés des Européens sur l’Iran et l’Islam... Le résultat, c’est une série de merveilleux volumes de BD, “Persepolis”, dont les deux premiers volumes se sont vendus à plus de 20.000 exemplaires et ont été couronnés par le dernier Festival d’Angoulême.

Mettre au clair un certain nombre de choses

“J’ai voulu mettre au clair un certain nombre de choses”, explique Marjane Satrapi dans le studio où elle travaille avec d’autres artistes, place des Vosges à Paris. “Quand je suis arrivée en France, j’ai rencontré tant de gens qui me disaient: “Vous parlez arabe”?... Tant de gens ne font pas la différence entre les Arabes et les Iraniens. Ils ne savent rien de notre culture millénaire. Les gens ont la mémoire super-courte: ils croient que notre pays a toujours été un pays d’intégristes, que la femme n’a aucune place dans notre société, et que toutes les femmes iraniennes sont des corbeaux hystériques.

En fait, nous les femmes iraniennes, on n’est pas des mauviettes: la femme de ménage de ma mère est loin d’être opprimée: elle a mis son mari à la porte. Et moi-même, combien d’hommes j’ai giflé dans la rue après m’être fait insulter... Même pendant les années les plus terribles de la Révolution islamique, les femmes ont porté des armes... Il y a un autre point que je voulais souligner: tant de gens en Europe ont une véritable vénération pour le Chah. Pour moi le Chah était un salaud. Il faut le dire. Certes, il y avait quelques grands hôtels de luxe, le Hilton et le Sheraton, et quelques kilomètres d’autoroutes, mais quand il est parti la moitié de la population était illettrée et vivait dans une misère terrible: c’est inacceptable dans un pays ayant autant de pétrole, tout le monde aurait dû vivre de façon correcte”...

Que faire de ce voile?

Ce qui rend “Persepolis” tellement séduisant, c’est que ces histoires sont racontées par une petite fille qui pense et se conduit vraiement comme une petite fille de dix ans: la jeune Marjane de la BD -- Marjane Satrapi est l’héroïne de ses BD très autobiographiques -- nous raconte qu’au début elle ne savait pas trop quoi penser du voile, quand il devint obligatoire, quelque temps après le début de la Révolution. Marjane Satrapi dessine les silhouettes de très jeunes fillettes jouant dans la cour de leur école avec leur voile et se demandant ce qu’elles vont en faire: faut-il jouer à la balle avec, ou s’en servir comme d’une corde à sauter?... Son coup de crayon est simple, mais très stylisé et efficace: tout le monde comprend le message de ses dessins -- et en souriant de plaisir. C’est sans doute ce qui donne à ses volumes de BD cette touche si particulière: ces histoires sont très politiques et didactiques, et en même temps on les lit et les regarde avec un plaisir sans cesse renouvelé...

L'exil à 14 ans

Comment Marjane Strapi peut elle recréer avec une telle exactitude et une telle authenticité les états d’âme et le comportement de la petite fille qu’elle a cessé d’être il y a déjà un bon moment? “N’oubliez pas que je suis partie de chez mes parents à 14 ans, j’étais seule avec moi-même dans un pays étranger. Je pensais souvent à ce que mes parents diraient; j’étais plongée dans mon passé”. Manifestement, Marjane Satrapi n’est “pas politiquement correcte”, et c’est sans doute ce qui rend ses albums tellement convaincants: elle n’est pas une exilée iranienne de plus qui crache sur la Révolution islamique et glorifie le régime du Chah...

Dans le premier volume de “Persepolis” elle raconte l’histoire de sa famille et comment ils ont vécu la Révolution contre le Chah -- ne se privant pas du plaisir de décocher quelques flèches acérées contre le père du Chah, Reza Khan, “un petit officier illettré” qui voulait proclamer la République et qui a été convaincu par ses mentors britanniques de fonder un Empire “pour que ses ministres cirent ses chaussures”... C’est du moins ce que raconte le père de Marjane à sa petite fille qui croyait, comme sa maîtresse d’école le lui avait appris, que l’empereur avait été choisi par Dieu. Quand Reza Khan prit le pouvoir, il confisqua tous les biens des Qadjars, et la grand mère de Marjane raconte à la petite héroïne de la BD qu’ils étaient si pauvres qu’ils n’avaient rien à manger: pour que les voisins ne devinent pas qu’ils étaient si misérables, elle faisait bouillir de l’eau dans la cour de leur maison pour les tromper: c’est le genre de détail qu’adorent tous les Iraniens qui ont vécu des moments semblables, car il est si authentique.

Marjane Satrapi dessine aussi l’histoire de la jeune bonne de la famille qui était tombée amoureuse du fils de leurs voisins: comme elle était analphabète, c’est la petite Marjane, âgée de 10 ans, qui écrivait très consciencieusement ses lettres d’amour -- jusqu’au jour où le fils des voisins a réalisé que la jeune bonne était une bonne, et pas une autre fille de cette famille princière. Lentement mais sûrement, la jeune héroïne découvre l’existence des classes sociales -- même dans un milieu très progressiste -- et elle dresse les portraits des héros qui ont traversé son enfance: la jeune Marjane entendait des bribes de ce qu’ils racontaient à ses parents, après être sortis de prison, sur la torture dans les geôles du Chah.

Les héros d'une petite fille: l'oncle Fereydoune et les autres

Parmi tous ces héros il y en avait un qui fascinait la petite fille plus que les autres: c’était l’oncle Anouche, qui avait participé avec son oncle Fereydoune à la brève tentative de créer une République indépendante (pro-soviétique) dans l’Azerbaidjan iranien en 1946. La petite Marji est tellement fière d’entendre raconter qu’elle avait un grand oncle qui avait eu une histoire d’amour dans sa cellule, et que son bien-aimé oncle Anouche avait été en exil à Moscou: aucune de ses amies d’école n’a de tels héros dans sa famille... Mais quelques mois après le début de la Révolution une nouvelle vague de répression balaie tous ces militants: certains d’entre eux reprennent le chemin de l’exil, d’autres sont assassinés, et l’oncle Anouche, qui disait toujours que la situation allait s’améliorer, est de nouveau envoyé en prison, cette fois-ci par les islamistes; où il est exécuté comme “espion russe”. La dernière personne à lui rendre visite en prison est la petite Marjane -- une expérience mémorable pour une fillette de dix ans.

Le deuxième volume raconte la vie de Marjane pendant la guerre avec l’Irak et les années les plus dures de la République islamique: les raids aériens, les réfugiés, les Bassidjis (volontaires pour aller au front), et les patrouilles des gardiens de la Révolution qui vérifient que les femmes portent correctement leur voile et perquisitionnent à l’improviste les maisons à la recherche de cassettes et d’alcool. Pendant ces années, lentement mais sûrement, la petite Marjane grandit et devient une adolescente -- et une rebelle. Ses parents décident qu’il vaut mieux l’envoyer en Europe, en Autriche, lui disant qu’ils la rejoindraient très vite. Ils restèrent en Iran.

Et Marjane devint une exilée solitaire -- le sujet de son troisième volume de BD, le quatrième étant le récit de son retour au pays. “ Comment gère-t-on l’exil?.. Pour s’intégrer, il faut oublier d’où l’on vient. J’ai vécu des moments difficiles: mes parents n’avaient plus d’argent, mes amis au lycée français de Vienne étaient des gosses de riches... Et je ne pouvais supporter le regard des autres quand je disais que j’étais iranienne: “Ah, disaient-ils, ah, Khomeini, l’ayatollah, le voile”... Je suis allée jusqu’à nier ma nationalité, je disais que j’étais française: j’étais jeune et con”. Aujourd’hui Marjane Satrapi  est à nouveau très fière d’être iranienne -- et elle peut s’enorgueillir d’avoir écrit et dessiné une série de BD qui en disent plus sur l’Iran contemporain que beaucoup de livres très sérieux...

(The Middle East magazine, April 2.002)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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