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La "victoire" américaine Cette "victoire" américaine a de quoi surprendre: Les derniers sondages réalisés en Turquie par le Centre de recherches sociales dAnkara sont clairs: 87 pour cent de la population sont contre une intervention militaire américaine contre lIrak, et 94 pour cent sopposent à lutilisation des bases turques contre lIrak! Parfaitement conscient des sentiments de sa "base", le parti de la Justice et du Développement sétait engagé pendant sa campagne électorale à faire une autre politique étrangère. Et depuis leur arrivée au pouvoir en novembre 2002, Recep Erdogan, le président de lAK, et Abdullah Gul, son premier ministre, nont cessé de faire campagne contre la guerre en Irak.
En janvier Abdulla Gul a fait une spectaculaire tournée des principales capitales du Moyen-Orient, à la recherche dune solution pacifique de la crise irakienne; il a également envoyé à Bagdad un ministre détat avec une délégation de plusieurs dizaines dhommes daffaires turcs; et Fatma Unsal, cadre influente du parti de la Justice et du Développement, est partie à Bagdad avec une délégation internationale de "boucliers humains". Le 23 janvier, la Turquie a réuni à Istanboul les ministres des affaires étrangères dArabie Saoudite, Egypte, Jordanie, Syrie et Iran pour une "initiative régionale pour une solution pacifique de la question irakienne". Participant au Forum de Davos, Recep Erdogan, en a profité pour critiquer les Etats-Unis, possesseurs... darmes de destruction massive... Pas plus tard que le 27 janvier, le vice-premier ministre Ertugrul Yalcinbayir se demandait encore "pourquoi on allait faire la guerre à lIrak qui a hissé le drapeau blanc" en acceptant daccueillir les inspecteurs du désarmement des Nations Unies... Une volte-face qui déconcerte les bases du parti
Après le "coup détat à blanc" de février 1997 contre Erbakan, on vient dassister, six ans plus tard presque jour pour jour, à un "mini-coup détat à blanc" contre un Recep Erdogan qui, selon certains observateurs, avait lair "sonné et épuisé" en prononçant son discours devant le parlement dAnkara... A la différence dErbakan, Recep Erdogan et Abdullah Gul conservent le pouvoir -- ou ce que le gouvernement en détient. Mais la première épreuve de force entre les "néo-islamistes", comme on les appelle, du Parti de la Justice et du Développement et larmée turque sest terminée par la déroute dErdogan qui a dû renoncer à appliquer son programme de politique étrangère. Les militaires, il est vrai, ont des arguments de poids: la Turquie, qui na pu sortir de la grave crise économique quelle a traversée en 2001 que grâce à une aide durgence du FMI de 16 milliards de dollars, dépend terriblement de la bonne volonté des Etats-Unis pour loctroi dune nouvelle aide économique et militaire. A Davos, les Américains ont mentionné le chiffre de 4 milliards de dollars en compensation des effets éventuels dune guerre, mais les Turcs déclarent que ce chiffre est "inadéquat" et espèrent bien pouvoir négocier une aide plus considérable. Son prix est un alignement sur les positions américaines. Les militaires turcs ont une autre raison de vouloir imposer la participation de la Turquie à une offensive contre lIrak: obsédés par une "ligne rouge" quils ne veulent à aucun prix voir les Américains franchir -- la reconnaissance dune "entité" kurde dans le nord de lIrak -- les généraux turcs savent que la seule façon dimposer leur volonté aux Américains est de participer à loffensive contre Saddam Hussain. (Site internet de RFI, 10 Février 2003)
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