FRANCE Shibam, Yemen Marjane Satrapi Hasankeyf
Jérôme Mesnager |
Ils ont reçu le renfort de neuf membres éminents du congrès qui ont rendu publique le 5 décembre une lettre dans laquelle ils pressent le président George W. Bush d“écarter Saddam Hussain du pouvoir” en fournissant à l’opposition irakienne l’aide financière -- 97 millions de dollars -- qui lui a été allouée par l”Acte de Libération de l’Irak” voté par le sénat en octobre 1998, et qui a été gelée par le Département d’Etat...
Le refus de traiter avec l'opposition qui existe En fait, en Irak comme en Afghanistan, les Américains sont à la recherche d’une opposition introuvable -- ne voulant pas traiter avec l’opposition qui existe, et voulant imposer une opposition qui n’existe pas. Le partenaire d’élection de l’administration américaine, c’est en effet le “Conseil National Irakien” (CNI) qui regroupe théoriquement l’opposition irakienne depuis son congrès à Salahadin, au Kurdistan irakien, en octobre 1992.
Désormais replié à Londres, le CNI perd une grande partie de son autorité au fur et à mesure que les partis et organisations qui en faisaient partie au départ suspendent ou “gèlent” leur participation au CNI, quand elles ne s’en retirent pas totalement... Peu à peu le CNI devient un instrument entre les mains de son président, Ahmed Chalabi, un ancien banquier chiite, et de son porte-parole, le chérif Ali, prétendant au trône d’Irak. Bref, le CNI, qui devait représenter l’ensemble de l’opposition irakienne, devient une fraction de cette opposition. Mais Ahmed Chalabi a su établir des relations privilégiées avec les membres du congrès américain et avec des personnalités éminentes de l’administration de Washington. Et c’est à son organisation que le congrès a alloué la somme de 97 millions de dollars pour renverser Saddam Hussain. Mais Ahmed Chalabi n’a pas un seul soldat. Les Forces qui ont des combattants sur le terrain Deux forces en Irak ont des combattants sur le terrain ou aux frontières: les Kurdes et les Chiites. Les Kurdes disposent de plusieurs dizaines de milliers de “pechmergas” (maquisards) qui ont démontré à plusieurs reprises au cours de l’histoire qu’ils étaient de redoutables guérilleros. Mais les Américains ne veulent pas utiliser les Kurdes irakiens contre Saddam Hussain comme ils ont utilisé les forces de l’Alliance du Nord contre les Talibans en Afghanistan: ils craignent en effet d’encourager leurs aspirations “séparatistes”, et ils craignent surtout d’indisposer la Turquie, qui est hantée par la perspective de voir un état kurde indépendant à sa frontière méridionale encourager ses propres Kurdes dans leur lutte pour l’indépendance... A la rigueur, les Américains utiliseraient bien le territoire contrôlé par les Kurdes pour infiltrer des agents de la CIA et des forces spéciales dans le centre de l’Irak. Mais les dirigeants kurdes ne veulent pas en entendre parler: “Nous ne voulons pas risquer la sécurité de notre région si les Américains n’ont pas un plan bien étudié, sans un engagement officiel de vouloir changer le régime, et sans la garantie que les Turcs n’interviendront pas”, déclare un proche de Massoud Barzani, ajoutant: “Si la CIA veut recruter quelques mercenaires, qu’elle le fasse en passant par la Jordanie ou par le Koweit”... Les positions de l’UPK, l’autre grand parti kurde, ne sont guère différentes: “Nous sommes hostiles à des frappes sans objectif politique comme en 1998 pendant l’opération « Desert Fox”, affirme un conseiller de Jelal Talabani, le secrétaire général de l’UPK. “Nous voulons un changement démocratique de l’intérieur; si les Américains sont décidés à renverser Saddam Hussain, nous sommes prêts à discuter avec eux, mais il faut qu’ils soient prêts à reconnaître notre droit à proclamer un Etat fédéral et à participer à toutes les instances du nouvel Etat irakien”. L’autre force présente sur le terrain à Bagdad et dans le sud de l’Irak, c’est le mouvement chiite regroupé autour du “Conseil suprême de la révolution islamique en Irak” de seyid Mohammed Baker al Hakim; ces organisations chiites disposent de commandos clandestins à l’intérieur de l’Irak, et surtout de plusieurs milliers de combattants entraînés dans des bases en Iran. Comme en 1991, ces forces pourraient jouer un rôle déterminant en encadrant un soulèvement populaire. Mais redoutant la partition de l’Irak en plusieurs états, dont un état chiite dans le sud -- un “second Iran” -- les Américains refusent d’aider seyid Mohammed Baker al Hakim, qui a pourtant déclaré ouvertement son soutien à une opération américaine contre Saddam Hussain: ils sont toujours à la recherche d’un général arabe, sunnite, et pas trop compromis avec Saddam Hussain pour diriger une République irakienne introuvable... (RFI, Site Internet, 16 Décembre 2001)
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