Pétrole, Ecosse
Ecole coranique turque, Berlin Hollande
Massoud Barzani
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La difficulté de vivre à nouveau avec les Arabes Mais pour le reste, de nombreux Kurdes ne partagent pas la satisfaction de Berham Saleh -- et surtout, ils ne partagent pas son désir de vivre à nouveau avec les Arabes dans un Irak reconstruit artificiellement. Les dirigeants kurdes qui jouent la carte américaine et la carte irakienne risquent dêtre dépassés par la montée en puissance dans la population, dabord chez les intellectuels, mais aussi dans lensemble des couches sociales, dun très vif sentiment national kurde favorable à lindépendance du Kurdistan, un sentiment associé à un .plus ou moins violent rejet des Arabes. De nombreux Kurdes refusent en effet de tourner la page sur les souffrances subies pendant ces quarante dernières années "Leau et lhuile ne se mélangent pas", dit avec colère un jeune membre de la famille Barzani... "Comment pourrais-je vivre avec les Arabes qui ont détruit des milliers de nos villages, déporté nos populations, bombardé Halabja avec des armes chimiques, liquidé les 8.000 Barzani (1983), exterminé des dizaines de milliers de personnes pendant la campagne de lAnfal (1988), poursuivi une politique systématique darabisation pendant des décennies ?"
"Les Arabes disent que nous sommes frères, mais sommes nous des frères égaux?", se demande à lautre bout du Kurdistan, le Dr Abdoulla Said, directeur des services de santé du gouvernorat de Dohok. "Ils sont plus nombreux que nous, mais valent-ils plus que nous? Pendant 25 ans ils se sont réveillés en entendant les slogans de Saddam Hussain, ils sont allés au travail en écoutant les slogans de Saddam, ils ont mangé en continuant de les entendre, 24 heures sur 24 ils ont été soumis au bombardement de sa propagande... Nous navons pas affaire à un seul Saddam Hussain, nous avons des millions de Saddam en Irak. Il y a au moins un million de ses partisans qui non seulement profitaient du système mais y croyaient". Cet anti-arabisme est alimenté par le spectacle des chaines de télévision arabes -- Al Jazira, en particulier, mais aussi Arabiya -- qui ne cessent de mettre en accusation la politique américaine en Irak et au Moyen-Orient, donnant une large place aux manifestations anti-américaines, en particulier quand elles se teintent dislamisme, contribuant à développer une certaine jubilation chez leurs téléspectateurs chaque fois que les forces américaines sont victimes dun nouvel attentat, et multipliant les reportages sur les attentats suicides palestiniens contre les Israéliens. Le "désastre arabe" Saad Abdoulla, ministre de lagriculture du gouvernement (PDK) dErbil, connu pour son franc parler, parle dun "désastre arabe": "Les régimes et les peuples arabes sont toujours avec Saddam Hussain. Les régimes parce que létablissement dun régime démocratique en Irak va à lencontre de leurs intérêts: sil y a des élections, il y aura élection dun président, puis ultérieurement de son successeur. Connaissez-vous un seul ex-président dans un pays arabe? En ce qui concerne les peuples, ils croient que tout doit être axé sur Israel, sur lanti-américanisme. Cest la fin de larabisme"... "Pourquoi les peuples arabes sont-ils contre la politique américaine en Palestine?", demande Fakhri Kerim, ancien membre du comité central du Parti communiste irakien, qui dirige aujourdhui un centre culturel à Bagdad. "Ils ne peuvent pas descendre dans la rue pour manifester contre leurs gouvernements, et ils peuvent seulement manifester contre les Américains. Ils sont à la recherche de nimporte quel leader contre les Etats-Unis, et prennent Saddam Hussain pour un héros. Ils ne savent même pas quil est un dictateur"... "Je ne peux pas vivre dans un même Etat avec un autre peuple qui a lesprit malade", explique, en développant lanalyse, le Dr Diar, un jeune médecin de Souleimania, né dans la province arabe de Diyala . "Je ne peux pas vivre avec des gens qui ne partagent pas mes préoccupations fondamentales et qui sont systématiquement contre tout ce qui est occidental. Nous, les Kurdes, nous soutenons tous les plans occidentaux dans la région. Non, ce nest pas à cause de lAnfal et de Halabja que je ne peux pas vivre avec les Arabes: ces crimes ont été commis par le régime, pas par les gens. Mais je désespère des Arabes quand je vois les Palestiniens manifester en brandissant des photos de Saddam Hussain. Je ne peux pas vivre avec ces gens qui ont une autre mentalité, avec des gens qui mélangent de façon aussi terrible nationalisme et religion... Et pour commencer, nous devrions quitter la Ligue Arabe. LIrak nest pas un Etat arabe". Si certains intellectuels syriens critiquent violemment cette poussée de fièvre nationaliste kurde, les Kurdes le leur rendent bien: "La Syrie est lincarnation de larabisme pur, anti-américain, anti-sioniste, anti-tout", dit Bruske Shawess, conseiller militaire de Massoud Barzani. "Saddam Hussain, notre ennemi, admettait lautonomie des Kurdes", souligne Georgis Fathallah, auteur dun ouvrage sur larabisme, "mais les Arabes en dehors de lIrak ne lacceptent pas. Ces nationalistes arabes considèrent toujours que le Kurdistan est un territoire arabe. Tous ces pays sont contre le fédéralisme, sauf le Koweit". De nombreux intellectuels kurdes insistent sur ce fossé entre les mentalités arabe et kurde: "En Irak, il y a trois mentalités, kurde, sunnite et chiite", rappelle Ferhad Pirbal, qui sexprime parfaitement dans la langue française quil enseigne à luniversité dErbil. "Nous au Kurdistan on a dansé dans les rues le jour de la libération. Eux, dans le sud chiite, ils se frappaient jusquau sang: cest normal que nous vivions dans des Etats différents. La génération qui a grandi après 1991 (et la création de la zone kurde échappant à lautorité de Saddam Hussain) naccepte plus dêtre lesclave dun Saddam Hussain". Se défendant dignorer les véritables intentions des Américains, Ferhad Pirbal ajoute: "Les Américains utilisent notre territoire et prennent notre pétrole, cest un nouveau colonialisme, cest vrai. Mais je le préfère au colonialisme arabe qui ne nous a rien appris. Grâce aux Américains, nous pouvons apprendre et rêver... Maintenant je rêve dun aéroport international à 4 km de chez moi (laéroport dErbil devrait très vite accueillir des vols internationaux). Des marchands vont pouvoir aller en Europe acheter des livres et des appareils de projection de cinéma... Maintenant, on rêve". La politique officielle des dirigeants kurdes Inutile de dire que ces diatribes ne reflètent pas du tout la ligne officielle des dirigeants kurdes qui depuis des années ont fondé toute leur politique de reconquête du pouvoir sur la collaboration avec les divers partis arabes de lopposition irakienne, avec un objectif primordial: la création dun Etat fédéral en Irak.. "Nos relations avec les Arabes seront bonnes", affirme péremptoirement Adnan Mufti, représentant de lUPK à Erbil, fief du PDK de Massoud Barzani. "Les Arabes sont proches des Kurdes. Un jour ils comprendront que nous avions le droit dêtre membres de la coalition. Nous allons reconstruire lIrak avec les Arabes. Ce sera une vitrine pour tout le monde arabe". Mais cet ancien représentant de lUPK en Egypte, imprégné de culture arabe, ajoute aussitôt: "Nous ne sommes pas prêts à être des citoyens de seconde classe... Certains Arabes doivent accepter une solution au problème des minorités en Irak. Il est temps que ces Arabes changent de mentalité. Nous sommes une nation différente, nous avons une langue différente. Depuis plus de mille ans, personne na réussi à nous liquider. Cela prouve que nous sommes vraiment une nation".... Le Mouvement pour le Référendum Longtemps inexprimé, ou refoulé, ce sentiment national kurde, nourri par un profond rejet de larabisme, a pris une nouvelle ampleur avec la création dun "Mouvement pour le Référendum". Tout a commencé avec la publication dans le journal "Kurdistan Nieuwe" à Souleimania, le 11 avril, dune lettre ouverte critiquant la façon dont les leaders kurdes avaient géré la libération de Kirkouk et Mossoul, et les interpellant sur leurs projets pour lavenir du Kurdistan. Cette lettre ouverte était signée par une quinzaine dintellectuels kurdes parmi lesquels Sherko Bekas, un poète kurde très médiatisé et proche de lUPK de Jelal Talabani, Rauf Begat, un romancier, Azad Barzuge, un traducteur, et Halkaut Abdoulla, un intellectuel kurde qui a vécu 15 ans au Danemark où il a animé une revue de la diaspora kurde. Le 14 juillet, après dinnombrables discussions au sein de luniversité, à lintérieur des associations kurdes militant pour les droits humains, et de groupes informels comme "Avesta" (du nom du livre sacré des Zoroastriens) ces intellectuels publiaient un "Manifeste pour le Référendum" demandant lorganisation dun référendum pour demander aux Kurdes sils voulaient lindépendance du Kurdistan. Ce manifeste posait trois questions essentielles: 1) Les Alliés ont-ils une solution claire pour le problème du peuple kurde? Soulignant que chaque fois quils parlent du Kurdistan, les Américains utilisent délibérément des termes vagues comme "la région du nord", et que leur conception dune fédération des 18 provinces de lIrak relève plus de la décentralisation administrative, les signataires du manifeste affirmaient que si fédéralisme il y a, il doit sagir dun véritable fédéralisme, avec création dun Kurdistan -- tous insistent sur lemploi de ce mot -- regroupant toutes les régions kurdes, fédéré avec la partie arabe de lIrak. Les auteurs du manifeste rappellent quils ont des raisons de douter de lattitude des Etats-Unis, qui ont trahi les Kurdes à plusieurs reprises (en 1975, 1991 et 1996). 2) Lopposition irakienne a--t-elle une conception claire du fédéralisme? Les diverses composantes arabes de lopposition irakienne ont des positions très différentes sur un éventuel Etat fédéral. Certains pensent plus à un statut dautonomie pour les Kurdes quà un véritable fédéralisme. Les auteurs du manifeste ont des doutes, en particulier, sur lattitude des partis islamiques.. 3) Lattitude des chefs kurdes répond-elle aux espérances du peuple kurde? Les signataires du Manifeste accusent les chefs kurdes dêtre "devenus plus irakiens que kurdes". Ces intellectuels reprochent aux dirigeants kurdes qui ont été choisis pour faire partie des instances mises en place par les Américains (Conseil intérimaire de Gouvernement, Commission constitutionnelle) de plus satisfaire leurs ambitions personnelles que les aspirations du peuple kurde. "Ils travaillent dur pour avoir le pouvoir, pour avoir un poste à Bagdad, pour être de bons Irakiens", dit un des signataires du manifeste. "Nous pensons quil est possible dobtenir plus que le fédéralisme", affirme Halkaut Abdoulla. "En tout cas les partis kurdes ne devraient pas négocier sur la base du fédéralisme sans demander son opinion au peuple, sans lui demander ce quil veut. Ils doivent poser clairement la question: Voulez-vous le fédéralisme ou lautodétermination"? Les auteurs de ce Manifeste soulignent que le Parlement kurde nest plus légal: il a été élu en 1992, certains députés sont morts; et tous les partis kurdes ne sont pas représentés dans ce parlement. Et le contexte politique a considérablement évolué depuis les élections de 1992. Les auteurs du Manifeste ont organisé une campagne de signatures pour amener les Alliés, ou lUnion Européenne, ou les Nations Unies, à superviser ce référendum. Le débat est vif au sein de la société kurde. Certains se demandent si les Kurdes ne risquent pas de tout perdre, y compris le fédéralisme, en visant lindépendance. Dautres se demandent quelles garanties ils peuvent avoir que le futur Etat kurde indépendant soit démocratique? Quil ne sera pas la proie de la corruption qui règne déjà dans la société kurde? "Nous en sommes conscients, répond un des signataires du Manifeste, mais nous sommes différents des Irakiens. Nous avons peur dêtre dissous dans un Etat centralisé. Et nous devons nous assurer que le jeu démocratique ne détruira pas notre Etat kurde". Quand on demande aux auteurs de ce manifeste sil est pragmatique de se battre aujourdhui pour lindépendance du Kurdistan, ils répondent, avec Halkaut Abdoulla: "Aujourdhui, il ny a plus dEtat irakien. LEtat est dissous. On est en train dessayer de le reconstruire. Dans une tel contexte, si nous en avons la volonté, si nous avons un mouvement fort, nous pouvons obtenir plus que le fédéralisme... Quelle sera la réaction des Etats de la région? Nos voisins ne sont plus ce quils étaient il y a deux ans: la Turquie na plus la même influence, et la Syrie et lIran sont la cible des Américains... Lacteur principal, ce sont les Etats-Unis. Si les Etats-Unis soutiennent le peuple kurde, nous obtiendrons notre indépendance. Mais sils ne sont pas daccord, alors ce sera difficile. Pourquoi est-ce que les Kurdes nauraient pas le droit de poser une question -- le droit à lindépendance -- que les Américains et les Européens ont le droit de poser? Sils refusent, au bout du compte, les Kurdes naccueilleront plus les Américains avec des fleurs"... Une arme de guerre de Jelal Talabani? Certains observateurs kurdes indépendants, remarquant que le "Mouvement pour le Référendum" a été lancé par des personnalités très proches de Jelal Talabani et de lUPK, comme Sherko Bekas, se demandent sil ne faut pas voir dans ce "Mouvement" et sa campagne en faveur de lindépendance une machine de guerre orchestrée par Jelal Talabani. Son objectif serait double: Faire pression sur le Conseil intérimaire de gouvernement de Bagdad, en disant quil faut vite accorder un statut fédéral car le peuple kurde veut plus... Et ce mouvement serait aussi une arme de guerre contre le PDK de Massoud Barzani, pour montrer que lUPK est plus démocratique que le PDK et donne la parole au peuple. Il sagirait aussi de montrer quune fois de plus la région du Kurdistan contrôlée par lUPK est en avance sur celle que contrôle le PDK: En 1991, le PDK était pour lautonomie, lUPK pour le fédéralisme. Aujourdhui, le PDK est pour le fédéralisme, lUPK pour lindépendance... On a effectivement du mal à imaginer que Sherko Bekas puisse lancer une telle initiative sans avoir, au moins, laval de Jelal Talabani. Mais le "Mouvement pour le Référendum" est peut-être en train déchapper à ses promoteurs. Fin Octobre 2003, des signataires du Manifeste rencontraient à Erbil des intellectuels kurdes vivant en zone contrôlée par le PDK, à Erbil, Dohok et Zakho, et même à Kirkouk, pour élargir le mouvement à tout le Kurdistan. Et ils organisaient la collecte de signatures pour une pétition qui devait bientôt recueillir 1,7 million de signatures! Nechirvan Barzani, premier ministre du gouvernement kurde (PDK) dErbil, semble parfaitement conscient de lampleur de ce mouvement: "LIrak a été établi sur la base dun partenariat avec les Arabes... Quavons nous obtenu en échange? Halabja, 4.000 villages détruits, larabisation, les 8.000 Barzani disparus... Quelle garantie avons-nous que cela ne se reproduira pas?", demande-t-il, avant dajouter: "Nous voulons une solution durable. Le fédéralisme est un moyen dy parvenir. Après 12 ans (de semie-indépendance), nous ne voulons pas revenir en arrière -- nous pouvons reculer seulement jusquà un millimètre de la sécession. Nous avons tous les droits, nous ne pouvons pas être liés par la force à Bagdad... Nous avons une jeune génération qui nous dit: "Pourquoi est-ce que nous navons pas lindépendance? Pourquoi faites-vous partie du Conseil intérimaire de gouvernement"? Les Kurdes ne pensent pas quils sont inférieurs aux peuples qui les entourent. La question kurde est plus vaste que la présence de 4 ou 5 ministres dans le gouvernement de Bagdad.. Nous devons partager le sol de lIrak. Si on veut résoudre le problème irakien, il nest pas possible dignorer les Kurdes". (Al Wasat, 19 January 2004; Internazionale, 12 Marzo 2004) postmaster@chris-kutschera.com |
Iles d'Aran
Saint-Maixent, France Hasankeyf, Turquie
Jelal Talabani
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