Abdoulla Ocalan, Rome 1999 Marais Irak Yilmaz Guney Hasankeyf
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Ses tableaux très riches en couleurs explorent les relations entre lHomme et la Femme et sont imprégnés de romantisme. Leur style exubérant est unique au Kurdistan, mais il ne surprendra pas ceux qui connaissent loeuvre de Gustav Klimt, un artiste autrichien du début du siècle dernier. Et comme cest le cas avec Klimt, un examen plus attentif des tableaux spectaculaires de Rostam Aghala révèlera un aspect plus sombre de son oeuvre. Le Hasard Né en 1969 dans la petite ville de Koy Sinjak, Rostam est devenu peintre par hasard. Il se souvient encore quà lécole son professeur de dessin le considérait comme un élève médiocre. Une fois, pour obtenir une bonne note, il avait soumis un tableau peint par un de ses frères. A 15 ans il vécut son premier grand amour avec une certaine Nisrin. Pour limpressionner, il copia un tableau en utilisant un ... calque, et le lui donna en preuve damour. Ce fut le début de sa carrière. "Cest à cause de cette fille que je suis devenu peintre", explique Rostam.
L'influence de Klimt Et un jour ses amies refusèrent de lui prêter de largent. Ne pouvant même pas acheter des toiles pour peindre, Rostam décidé de se tuer. Il raconte comment il a voulu se jeter sous une voiture, mais le conducteur put freiner à temps. Ce nest pas la seule fois que Rostam a essayé de se suicider, ce que lon a du mal à imaginer quand on le rencontre: toujours souriant, toujours en train de rire, Rostam donne limpression dêtre le peintre le plus heureux de la terre.
En 1989-1990, Rostam Aghala découvrit une autre discipline: il est incorporé dans larmée irakienne. Il déserta après la déroute de Koweit. Et pendant trois mois il senferma dans une pièce, et travailla sur des tableaux inspirés par les Surréalistes. Les trois années qui suivirent furent difficiles. Rostam survécut en vendant des livres sur les trottoirs de Bagdad et en travaillant dans des usines. Il était si pauvre quil ne pouvait pas soffrir le matériel nécessaire pour peindre, et il était si déprimé quil tenta à nouveau de se suicider. En 1993 sa vie changea -- pour le mieux. Une journaliste américaine quil rencontra par hasard lui acheta un de ses tableaux 400 $, une fortune pour le pauvre Rostam. Cette journaliste lui donna aussi un livre sur luvre de Klimt, et Rostam découvrit lidentité du peintre quil avait copié pour son diplôme des Beaux-Arts, quelques années auparavant. Il apprit aussi que contrairement à ce quon lui avait dit, ce peintre nétait pas un artiste inconnu, mais un maître digne de son admiration et une source dinspiration très valable. Goulala Rostam avoue que depuis son adolescence il est souvent tombé amoureux de jeunes filles auxquelles il navait, parfois, pas même adressé la parole. Mais en 1995 il rencontre Goulala, et ce fut une affaire sérieuse. Mais le père de Goulala, un homme daffaires de Souleimania, ne voulait pas dun "coloriste", dun fils de paysan misérable, pour sa fille. Désespéré, Rostam décida de faire comme de nombreux jeunes Kurdes irakiens, et démigrer en Europe. Cest alors que Hero Talabani, la femme de Jelal Talabani, le chef de lUPK, intervint en faveur de Rostam auprès du père de Goulala, qui dut accepter de donner la main de sa fille au jeune peintre. Une nouvelle vie commença pour Rostam: il avait épousé la femme dont il était amoureux, une jolie femme appartenant à une famille aisée, qui allait devenir son modèle préféré. Mais Rostam avait encore un problème. Les femmes constituent le principal sujet de ses tableaux, mais il ne peut pas peindre de mémoire: il a besoin dun modèle, ce qui pose un problème dans une société aussi traditionnelle que la société kurde. Il aime peindre Goulala, qui est entièrement à sa disposition, et que lon voit dans de nombreux tableaux, mais il a besoin dautres sources dinspiration pour mettre un peu de variété dans son oeuvre. Goulala a une soeur que Rostam aime aussi peindre. Mais il admet que Goulala est très jalouse, et quil a des problèmes quand il va chercher des modèles en dehors du cercle familial. Lélite kurde a commencé à acheter ses peintures: Jelal et Hero Talabani ont acheté plusieurs de ses très grands tableaux pour décorer leur salle à manger de Kala Tchoualan. Adnan Mufti, ministre de lUPK, a aussi acheté des tableaux de Rostam pour sa maison et son bureau. Mais les clients de Rostam sont surtout des étrangers -- le personnel de lONU et des ONG présentes au Kurdistan, et la presse -- et cest une clientèle irrégulière. Le problème de Rostam, cest que les Kurdes assez riches pour acheter ses tableaux ont peu destime pour son style "folkloriste" et "coloriste": "Je pourrais aussi bien accrocher un Kilim au mur de mon salon", déclare un riche homme daffaires kurde. Ce genre de commentaire trahit une approche simpliste de loeuvre de Rostam et lincapacité de voir plus loin quune apparente débauche de couleurs. Dans lun de ses tableaux, "Shvan" (Berger), une jeune femme porte lhabit traditionnel des bergers kurdes. Elle est très belle, mais elle est manifestement malheureuse: deux grosses gouttes sur son manteau symbolisent des larmes et en même temps lutérus. Sur ses épaules, deux oiseaux étranges se font la cour à lenvers. Un papillon volette au-dessus delle. Quest-ce que tout cela veut dire? "Un jour, je suis allé au village de Tak Tak, près de Koy Sinjak", raconte Rostam, "et jai rencontré une très jolie bergère: elle ne pouvait pas avoir denfants, aussi son mari en avait-il fait une bergère. En gardant ses moutons, elle rêvait de sexe et denfants -- le papillon symbolise ses rêves, et les oiseaux sont à lenvers parce quils ne peuvent pas faire lamour"... Lhistoire de cette jeune femme ne finit pas là, explique Rostam. Son mari a épousé une seconde femme, qui na pas non plus pu avoir d'enfants. Après des examens à lhôpital, on a découvert que cétait le mari qui était stérile. Sur un autre tableau, "Anfal", un homme barbu est assis dans un pré plein de coquelicots, avec une jeune fille, sa petite fille, derrière lui, et une montagne dans le fond. Le vieillard a survécu à lAnfal (une terrible campagne de larmée irakienne contre les Kurdes qui fit quelque 180.000 victimes en 1988) et il raconte ses souvenirs de cette épreuve à sa petite fille. "Le paysage est très beau", dit Rostam. "Mais ce nest pas parce que le paysage est beau que la vie est belle. Notre pays était très beau quand lAnfal a eu lieu, et lAnfal pourrait se répéter". Il y a dans les peintures de Rostam de nombreux détails intrigants que lon peut interpréter comme on le veut: le pré est désert, pas de trace danimaux; le fusil du vieil homme est à moitié caché derrière lui. Les pigeons sur larbre ne se regardent pas. La montagne est aride. Il ny a ni buisson ni arbre. Le ciel nest pas bleu mais rouge. Le paon, qui domine le vieillard et sa petite fille, na pas de plumes. Alors, qui est le vrai Rostam? Le peintre heureux, toujours en train de rire, avec sa palette multicolore, ou le Kurde amer et malheureux qui ne peut pas oublier les souffrances dun peuple dont le destin est tellement incertain? "Ma vie est comme ma peinture", répond Rostam, "je fais des expériences"... (The Middle East magazine, May 2003)
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Jelal Talabani
Nomades Kurdes Ecole Coranique, Oman
Marjane Satrapi |
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