CHRIS KUTSCHERA 30 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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IRAK: Saddam Hussain: Nous ne voulons pas annexer le Koweit, mais....

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Saddam Hussain et le ChahEn mai 1975, quelques semaines après l’accord d’Alger (6 mars 1975), Saddam Hussain, alors vice président irakien, fait un voyage officiel en Iran pour sceller une réconciliation marquée, selon un des rares diplomates arabes dans le secret de l’accord d’Alger, par le désir réciproque d”empêcher les pays du Golfe Persique de devenir des pions dans le jeu des rivalités des Super-Grands”.

Au cours d’une conférence de presse restreinte à un très petit nombre de journalistes, à l’issue de son voyage en Iran, Saddam Hussain, entouré de son ministre des affaires étrangères et de son ministre de l’intérieur, a longuement évoqué l’accord d’Alger, sa signification, ses répercussions, ainsi que les principaux problèmes du monde arabe. Extraits:

Définissant l’accord entre l’Iran et l’Irak comme un “accord de bon voisinage et de non ingérence dans leurs affaires internes” et comme un “accord de non agression”, le vice président Saddam Hussain commence par souligner que l’accord d’Alger n’est “pas un accord tactique, pas une manoeuvre politique comme les autres”.

Le Chah embrassant Saddam HussainEt de déclarer aussitôt -- et sans doute est-ce un avertissement à peine voilé destiné à tous ceux qui, en Iran, pourraient être tentés de jouer au plus fin -- que c’est “un accord sérieux, avec lequel il ne faut pas jouer... Les promesses que nous avons faites à Alger sont absolues, pour chaque lettre de l’accord, pour chaque étape des nouvelles relations irano-irakiennes... Ces promesses doivent être des promesses d’homme”.

Les trois dimensions de l'accord d'Alger

Pour Saddam Hussain, l’accord d’Alger a une triple dimension:

- une dimension bilatérale: il s’agit de rétablir la “confiance” entre deux peuples que tout devrait rapprocher, et en particulier leurs “relations historiques et religieuses”.

- une dimension régionale: “Quand il y a un problème entre nous et l’Iran, cela se répercute dans tout le Golfe” (hôte du Chah d’Iran, Saddam Hussain s’abstient de dire Golfe “arabe” , mais il ne va pas jusqu’à dire “persique”...) “et réciproquement, la solution de ce problème ne peut qu’être bénéfique pour toute la région du Golfe”.

- une dimension internationale: il ne fait pas de doute pour lui que “l’impérialisme américain, après avoir été chassé de l’Asie du Sud-Est, va chercher une région vitale pour ses intérêts, où peser de tout son poids... Et nous croyons que la région du Golfe est une de ces régions candidates”.

Faisant allusion à l’exploitation par certains pays de la révolte kurde et des rivalités irano-irakiennes dans le reste du Golfe persique, Saddam Hussain ajoute: “Lorsqu’il y a des failles dans les relations entre deux pays, l’impérialisme essaie d’en profiter pour créer des problèmes, et c’est dans ce contexte que l’accord irano-irakien prend son sens international”.

Mais avant de se livrer au jeu des questions et réponses, Saddam Hussain précise clairement que “quel que soit notre désir de résoudre tous les problèmes de la région du Golfe, il ne peut être question de remettre en cause les principes fondamentaux de notre politique, tels qu’ils se concrétisent dans notre politique étrangère et dans la construction du socialisme en Irak”.

Les relations avec le Koweit

Q: L’accord avec L’Iran est-il le prélude à un accord avec le Koweit?

Saddam Hussain: “Chacun sait que notre gouvernement a hérité du problème suivant: personne ne peut dire avec certitude quelles sont les frontières entre nos deux Etats voisins... La position du gouvernement irakien est claire: nous voulons que les frontières (entre les pays arabes) disparaissent. Malgré cela, nous avons décidé de délimiter les frontières entre nos deux pays”.

“Il ne faut pas que nos frères koweitiens craignent quoi que ce soit. Nous ne voulons inquiéter personne, et nous n’avons aucunement l’intention de les annexer. Il faut que tout le monde sache que nous ne voulons pas étendre le domaine irakien... Cependant, nous voulons étendre la “golfité” de l’Irak (le caractère de l’Irak en tant que puissance du Golfe), de telle sorte que notre pays puisse se défendre et défendre tous les autres pays du Golfe contre toute agression étrangère”.

Et Saddam Hussain de révéler que “lorsque nous avons conclu l’accord d’Alger avec l’Iran, nous avons prévenu l’émir Al Sabah de Koweit, pour qu’il sache qu’après la solution du conflit avec l’Iran, nous n’allions pas nous tourner contre eux. L’accord n’était dirigé contre aucun pays arabe, et au contraire, il était de l’intérêt de tous les pays arabes.  Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas réussi à convaincre nos frère koweitiens du bien fondé de nos positions. Toute médiation arabe, quelle qu’elle soit, est la bienvenue. Si un jour l’Irak et le Koweit ne forment qu’une seule partie de la région arabe, cela serait bien sûr de l’intérêt de l’Irak, mais aussi du Koweit, et également de toutes les autres parties de la grande nation arabe”.

“Nous ne deviendrons jamais si puissants que nous puissions tourner notre dos à quelque ami que ce soit... Nous voulons dire également que nous pouvons entretenir des relations avec tous les régimes arabes, même si ces régimes n’ont pas les mêmes orientations que nous. Le plus petit émirat, s’il nous invite, nous accepterons son invitation avec joie.

Palestine: Pour le retour aux frontières de 1948

Q: Pouvez-vous rappeler quels sont selon vous les principaux points d’un règlement de la question palestinienne?

S.H: La position irakienne est claire: le problème palestinien n’est pas le problème des terres occupées par Israel après la guerre de 1967 -- le problème est l’existence même d’Israel. Si aujourd’hui certains pays demandent le retour d’Israel à ses frontières de 1967,  alors pourquoi la guerre de 1973 a-t-elle été faite? Alors pourquoi la guerre de 1967 a-t-elle été faite? Alors pourquoi la guerre de 1948 a-t-elle été faite? C’est totalement illogique... Notre position est que nous ne voulons pas qu’Israel reste ni dans ses frontières actuelles, ni dans celles de 1967, mais qu’il retourne à celles de 1948.

(Inédit, Téhéran, 1975)

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