20 ans en Iran
Gilles Perrault
A.Ocalan
Turquie |
Du bon côté de la barrière “C’est vrai, pour une fois”, dit
Azad, un ingénieur, “nous, les Kurdes,
nous Les assurances américaines
Massoud Barzani, président du Parti Démocratique du Kurdistan (PDK), n’a pas fait le voyage de Washington. Théoriquement, dit-on dans son entourage, parce qu’il n’a pas voulu emprunter un hlicoptre turc pour aller jusquĠ la base dĠIncirlik o lĠattendait un avion amricain. Plus probablement parce quĠil nĠacceptait pas dĠtre mis sur le mme pied que certains dirigeants de lĠopposition quĠil considre comme de simples figurants -- comme Ahmed Chalabi, du ÒConseil National IrakienÓ, ou Cherif Ali, candidat du parti monarchiste. ÒCette rencontre de Washington nĠtait quĠun ÒshowÓ, dit un de ses conseillers. ÒLes Etats-Unis voulaient montrer quĠil y a une opposition irakienne... Mais qui sont Ahmed Chalabi et Cherif Ali? Ont-ils respectivement 100 et 10 partisans?... Jelal Talabani est all Washington, mais il nĠa rien obtenuÓ... Quelles que soient les raisons de son absence, Massoud Barzani, qui a dja t trahi plusieurs fois par les Amricains (en 1975 et en 1991), sĠest fait reprsenter par Hoshyar Zibari, son conseiller diplomatique. Mais il se dit satisfait du rsultat des entretiens de Washington: ÒCette fois-ciÓ, nous a-t-il dclar dans son bureau de Sari Rash, Òtout se fait en public. Quand le vice-prsident des Etats-Unis rencontre publiquement lĠopposition irakienne, fait les dclarations quĠil a faites, sĠengage comme il lĠa fait, comment ne pas penser que cĠest srieuxÓ?... Ê Les garanties et la protection amricaines Ê En fait, Jelal Talabani lĠadmet, Òles dirigeants Amricains ne (lui) ont pas dit comment et quand ils changeront le rgime: ils discutent encore un certain nombre dĠoptionsÓ.Ê Au cours dĠun long entretien son quartier gnral de Qala Tchualan,Ê Jelal Talabani sĠest plu rappeler quĠil tait Òun ex-marxiste, et quĠen tant que tel, je vois toujours les deux aspects dĠun problme, le ngatif et le positif: nous vivons sous la menace du rgime irakien, mais ce quĠil y a de positif, cĠest que nous avons la protection des Etats-UnisÓ. Ê Pour les quatre millions de kurdes qui vivent dans le ÒKurdistan libreÓ, de facto indpendant de Bagdad, gr par les deux ÒgouvernementsÓ kurdes dĠErbil et de Souleimania, la protection assure par les aviations amricaine et britannique bases Incirlik, en Turquie, est vitale: tous les Kurdes savent que sans cette protection, les troupes irakiennes, avec leurs chars et leurs hlicoptres, pourraient dferler sur le Kurdistan et refouler en moins de quelques heures les ÒpechmergasÓ (maquisards kurdes) jusquĠaux frontires turque et iranienne -- rptant la tragdie de lĠexode de 1991. Ê La menace chimique Les Kurdes savent quĠils sont la cible la plus facile, la moins dfendue, pour dĠventuelles reprsailles de Saddam Hussain: le scnario-catastrophe qui les hante, cĠest le bombardement des grandes villes du Kurdistan avec des obus ou des missiles chargs de gaz chimiques ou biologiques. Et ils sĠinterrogent: Saddam Hussain disposant dĠun nombre limit de ces engins, se laissera-t-il guider par des considrations stratgiques, et attaquera-t-il dĠabord le Koweit et Israel?Ê Ou, m par un simple dsir de vengeance, sĠen prendra-t-il aux Kurdes? Le fera-t-il avant que les Kurdes ne sĠengagent de faon active aux cts des Amricains, dans le cadre dĠune opration premptive? Ou aprs? Ê CĠest donc la premire question quĠils ont pose aux Amricains, avant dĠenvisager de participer une opration contre Saddam Hussain. Au cours dĠun entretien son bureau de premier ministre du gouvernement (UPK) de Souleimania, Berham Saleh a affirm que la lettre de Colin Powell, le secrtaire dĠtat amricain, assurant les Kurdes que les Etats-Unis Òrpondraient de faon sre et forteÓ toute attaque irakienne, tait une garantie satisfaisante. Mais au cours dĠun colloque Washington, il a indiqu quĠil nĠtait pas satisfait par la rponse de Colin Powell, Òvague sur la nature de la rponse, se bornant dire que la rponse de Washington se ferait lĠendroit et lĠheure choisis par Washington. Une promesse de ce genre est trop imprcise pour rassurer les Kurdes... les Kurdes ne veulent pas attendre que plusieurs milliers de personnes aient t tues avant que Washington rpondeÓ. Manifestement les dirigeants kurdes ne tiennent pas toujours le mme langage avec leurs interlocuteurs amricains et avec les autres... Ê Plus prcis, Hoshyar Zibari , le reprsentant diplomatique de Massoud Barzani, indique quĠil a demand de Ònouvelles rgles dĠinterventionÓ amricaine: il a demand aux Amricains de Òpasser de la rponse ventuelle la rponse immdiate automatique, et de la rponse la dissuasionÓ. Il doit admettre que les Amricains se sont borns prendre acte des demandes kurdes, et quĠil nĠa pas obtenu les engagements amricains souhaits -- une dclaration publique plus claire et plus prcise quĠun simple Ònous rpondronsÓ. Ê Un conseiller militaire de Massoud Barzani numre volontiers les divers aspects que pourrait revtir une vritable protection amricaine -- Òsi les Amricains sont srieuxÓ: la fourniture de 4 millions de masques gaz -- Òles Amricains en ont bien livr 7 millions IsraelÓ -- lĠventuel positionnement de missiles anti-missiles Patriot. Et ultrieurement, des missiles sol-air (Strella ou autres) et des missiles anti-chars (Tows ou des Saqr) qui pourraient trs bien tre ÒgrsÓ par des hommes des forces spciales amricaines si Washington ne veut pas en perdre le contrle. Ê Le sort de la résolution 986 LÓhomme de la rueÓ a des proccupations beaucoup plus terre terre: ÒNĠoubliez pas, dit un chef kurde, que le Kurdistan libre est comme un immense camp de rfugis: les gens dpendent pour leur survie des rations alimentaires distribues dans le cadre de lĠapplication de la rsolution 986 des Nations Unies -- Ptrole contre Nourriture. Et la plus grande inquitude des gens, cĠest: ÒQue va devenir notre ration? comment, par qui, sera-t-elle distribueÓ? CĠest une inquitude que partagent certains dirigeants du PDK: ÒIl faut un plan dĠaide humanitaire dĠurgenceÓ, dit un dirigeant du PDK. ÒLes gens vont avoir faim: qui va les nourrirÓ? Le HCR, conscient du danger, est dj en train dĠtudier les modalits dĠaccueil de dizaines ou de centaines de milliers de rfugis dans les pays voisins -- et jusquĠen Syrie. Ê LĠattitude lĠgard du rgime de Bagdad Ê Tous les dirigeants Kurdes sont convaincus que Saddam Hussain est un champion dans lĠart de la survie politique -- comme il lĠa montr rcemment en invitant les inspecteurs en dsarmement des Nations Unies revenir en Irak... Et ils pensent quĠil est trs capable de prendre une nouvelle initiative pour diviser les Kurdes -- et les loigner des Amricains: il pourrait ainsi reprendre lĠinitiative en acceptant de ngocier avec les Kurdes sur la base dĠun statut fdral, le statut que les kurdes tentent de faire accepter par lĠopposition irakienne... et par les Etats-Unis. ÒCe serait pour Saddam Hussain une faon de tester notre position: sommes-nous neutres?Ó, remarque un dirigeant du PDK, Òsi nous refusons le dialogue, Saddam Hussain peut stopper les livraisons de carburants la rgion kurde -- et cĠest le chaos et la paralysie en 3 joursÓ. On lĠoublie en effet souvent, mais le ÒKurdistan libreÓ,Ê de facto indpendant, entretient en fait dĠtonnantes relations ÒtechniquesÓ avec le gouvernement central, dpendant totalement de Bagdad pour son approvisionnement en essence et en fioul (les gisements ptroliers de Kirkouk ne sont pas contrls par les Kurdes), et partiellement pour son approvisionnement en nergie lectrique... Quand Jelal Talabani a fait Washington des dclarations tonitruantes approuvant le dbarquement ventuel au Kurdistan de troupes amricaines,Ê Bagdad a ragi en interrompant 4 heures plus tard les livraisons de carburant, qui nĠont t rtablies que 24 heures plus tard, assez longtemps pour faire courir un frisson de crainte au Kurdistan. ÒNous devrions donc dire que nous ne sommes pas contre le dialogueÓ, conclut ce dirigeant du PDK,Ê Òmais que nous devons consulter nos amis et nos allisÓ. Ê Selon toute vraisemblance, lĠUPK de Jelal Talabani adopterait une position plus dure que le PDK, sĠopposant des ngociations, mme sur cette base. Conscient des dangers que pourrait attirer une attitude provocatrice, Jelal Talabani fait certes preuve dĠune certaine prudence dans ses dclarations, rptant Ònous devons tre prudentsÓ, et Ònous ne serons pas un cheval de TroieÓ. Mais il dclare aussi quĠil faut Òtolrer un certain degr de risqueÓ, et quĠon Òne peut pas librer son pays en restant assis confortablement dans un fauteuil... Nous devons tre prts en payer le prix: nous nĠavons pas peurÓ. Et il ne cache pas son irritation devant lĠattitude de la France, qui fait obstacle aux projets guerriers du prsident Bush. Ê La participation kurde la libration de lĠIrak Ê Quel rle militaire joueront les Kurdes? Tous les Kurdes sont conscients que mme avec lĠaide des autres forces de lĠopposition, ils ne peuvent rien contre le rgime de Saddam Hussain: ÒLĠopposition irakienne ne peut pas changer le rgimeÓ, martle Massoud Barzani, ÒSi quelquĠun vient dire que sĠil bnficie dĠune aide et si on lui fournit des armes il pourra changer le rgime, je ne pense pas que ce soit vrai. Quelles que soient les forces de lĠopposition, elles ne peuvent tre compares aux capacits du rgime. Aussi le changement devra tre fait directement par les Amricains, avec le soutien de lĠopposition irakienne et du peuple irakien. Le rle de lĠopposition irakienne et du peuple irakien viendra aprs le changementÓ. Ê Cette donne incontournable -- lĠimpuissance de lĠopposition irakienne face au rgime de Saddam Hussain -- explique que de nombreuses composantes de lĠopposition acclament la volont des Amricains dĠen finir avec le dictateur de Bagdad: se singularisent le parti communiste, oppos la guerre, mais dont le secrtaire gnral, Hamid Majid Moussa, admet cependant ÒquĠil nĠy a pas moyen de se dbarrasser de Saddam Hussain sans les Etats-Unis, mme si cela va crer de nombreux problmes pour notre peupleÓ -- et le parti islamique Daoua, dont Jewad al Maliki, membre du bureau politique, reconnat que tous les efforts entrepris jusquĠ maintenant pour faire tomber le rgime de Saddam Hussain ont chou. Malgr cela le parti Daoua nĠaccepte dĠenvisager une intervention amricaine que dans le cadre de lĠONU.Ê Kader Aziz, secrtaire gnral du Parti des Travailleurs, rsume lĠopinion gnrale en affirmant dans son bureau de Souleimania que Òtout le monde au Kurdistan est trs heureux et nĠattend quĠune chose: que les Etats-Unis attaquent. Nous serons trs heureux siÊ ce sont les imprialistes qui abattent Saddam Hussain -- nous serions aussi heureux si cĠtait les Russes ou les Franais qui le faisaientÓ! Ê Si le premier des scnarios envisags par les Amricains -- une opration massive, avec plus de 250.000 hommes -- exclut tout rle pour les Kurdes qui qualifient une telle opration dÓinvasionÓ, les deux autres scnarios -- une opration moyenne, avec 60.000 hommes, ou un coup -- laissent envisager un rle pour les Kurdes.Ê Quelle sera la cible des dizaines de milliers de ÒpechmergasÓ du PDK et de lĠUPK et des autres formations kurdes? Kirkouk et son ptrole? Mossoul, la grande mtropole du nord, la seconde capitale de lĠIrak? Ê A lĠUPK comme au PDK, certains responsables ont une autre ide -- explosive: ÒNous avons un agenda envisageant toutes les possibilitsÓ, affirme Kosrat Rassoul, ancien premier ministre Souleimania (UPK) et dont les qualits de chef militaire sont reconnues par tous. ÒNous voulons tre prsents dans le gouvernement Bagdad... Si nous avons une couverture arienne amricaine, et un soutien dĠartillerie, nous pouvons mme prendre le contrle de Bagdad: la gographie nous favorise -- depuis Kalar et Kifri, nous ne sommes quĠ une heure et demie ou deux heures de BagdadÓ. Ê Mme ide au PDK, o un des conseillers militaires de Massoud Barzani confie: ÒSi nous voulons le fdralisme, nous devons tre fortement prsents dans le gouvernement central Bagdad. Si nous nĠallons pas Bagdad, les Chiites vont venir, ou les militaires prendront le pouvoir. Aussi nous devons avoir une force dĠau moins 10.000 hommes Bagdad: caserne dans lĠune des trois grandes bases militaires de la capitale (Rachid, Al Taji ou Abou Ghraib), cette division kurde sera une garantie, protgeant le gouvernement et la dmocratie contre un ventuel putsch dĠun gnral irakien, comme il y en a eu si souvent par le passÓ. Ê Le sort de Kirkouk Et Kirkouk et Mossoul? Certains responsables kurdes soutiennent que les Kurdes devraient limiter leur action au pays kurde -- et en premier lieu Kirkouk: ÒNous devrionsÊ reprendre les territoires qui nous appartiennentÓ,Ê dclare un chef kurde, Òsi nous prenons Kirkouk, les Amricains nous couteront peut-tre... Sinon, nous serons oublis...Ê Mais il est possible que les Amricains ne nous laissent pas prendre Kirkouk, en disant que cela doit tre un territoire ÒneutreÓ, comme Hong Kong lĠtait... Quand ils le rendront aux Kurdes dans 50 ans, nous serons tous mortsÓ... Ê Tactiquement, une opration sur Kirkouk nĠest pas hors de porte des Kurdes, qui, lors du soulvement de 1991, sĠtaient empars du centre ptrolier du Kurdistan avec quelque 5.000 pechmergas. ÒUne fois que les Amricains ont dtruit les centres de commandement et lĠaviation irakienne, nous pouvons intervenir KirkoukÓ, dit un spcialiste des affaires militaires du PDK. ÒLa connaissance du terrain constitue dj la moiti de la victoire -- et nous lĠavons... Avant dĠattaquer, nous enverrons des commandos de nos forces spciales derrire les lignes irakiennes raliser des oprations de sabotage dans la ville contre les centres stratgiques de lĠarme, du parti Baas et des renseignements. Il faudra multiplier les attaques contre Kirkouk et Mossoul, mais nous nous concentrerons sur KirkoukÓ.ÊÊÊ Ê Pour les Kurdes, Kirkouk est tout un symbole: pour le gnral Barzani, hros de la rsistance kurde pendant les annes 1960 et 1970, Kirkouk tait le Òcoeur du KurdistanÓ,Ê et ÒKirkouk est kurde, mme sĠil nĠy reste plus un seul KurdeÓ. Et le gnral Barzani allait jusquĠ dire: ÒJe ne renoncerai jamais Kirkouk, car si je le faisais, les Kurdes viendraient cracher sur ma tombeÓ... AujourdĠhui, le projet de constitution fdrale approuv par le PDK et lĠUPK, proclame que Kirkouk est la capitale de la rgion kurde -- ce qui a provoqu la colre des Turcs, et en particulier du ministre de la dfense, Sabahattin Cakmakoglu (MHP).Ê Acceptant bien contre-coeur de voir une rgion kurde bnficier dĠun statut particulier leurs frontires, les Turcs refusent absolument que cette rgion puisse contrler les ressources ptrolires de Kirkouk, ce qui assurerait pratiquement son indpendance...Ê Et Sabahattin Cakmakoglu a menac de lancer les troupes turques sur Kirkouk si les Kurdes tentaient de sĠen emparer!Ê Ê Massoud Barzani a rpondu en ÒinspirantÓ un ditorial du journal Brayati affirmant que le Kurdistan serait... un ÒcimetireÓ pour les troupes turques. Hoshyar Zibari a dploy des trsors de diplomatie pour dsamorcer cette crise entre le PDK et la Turquie. Cette crise a en effet de graves consquences:Ê la Turquie oppose son veto tous les plans amricains de participation kurde une opration contre Saddam Hussain, et elle trangle virtuellement le gouvernement de Massoud Barzani en rduisant pratiquement rien le trafic au poste de douane dĠIbrahim Khalil, principale source de revenus du PDK.Ê Mais Massoud Barzani ne dcolre pas: ÒNous ne sommes pas prts accepter le protectorat ou la tutelle de lĠune des puissances de la rgionÓ, a-t-il dclar au cours dĠun entretien dans son bureau de Sari Rash. Malheureusement pour lui, sa marge de manoeuvre est trs limite: nous avons pu voir lĠaroport de Bamarn, dans le Badinan, prs de Dohok, transform en base de lĠarme turque: une douzaine de chars et dĠautres engins sont aligns sur le tarmac de lĠaroport, ... Ê Soucieux de mnager les susceptibilits turques, certains dirigeants du PDK se demandent si les Kurdes ne devraient pas accepter un compromis sur Kirkouk.Ê ÒQuand on possde de lĠor (la rgion contrle actuellement par les Kurdes), on ne joue pas son va tout sans rflchirÓ, nous confie un membre du bureau politique du PDK qui se souvient de lĠpoque pas si lointaine o il avait rendez-vous avec Massoud Barzani dans une ville de province iranienne avec un sous-fifre du rgime islamique qui leur faisait lĠhonneur de les recevoir... ÒNe mentionnons pas KirkoukÓ, conclut-il, faisons en une partie de la fdration irakienne, et partageons les revenus ptroliersÓ... Mais ce conseil risque de ne pas tre entendu: la question de Kirkouk nĠest pas seulement une question de principe pour les dirigeants kurdes. CĠest aussi un problme humain brlant: la suite des campagnes dĠarabisation poursuivies depuis 25 ans sans relche par le rgime de Bagdad, plusieurs dizaines de milliers de Kurdes ont t chasss de Kirkouk et ont trouv un refuge prcaire Erbil et Souleimania. Pour eux, proclamer que Kirkouk est kurde mme sĠil nĠy reste plus un seul Kurde nĠest pas un simple slogan... Ê LĠaprs Saddam Ê Saddam Hussain va-t-il se battre jusquĠ ses dernires cartouches? Ou va-il une fois de plus faire la preuve de ses talents de champion de la survie, et ngocier sa sortie dĠIrak pour un exil en Russie ou en Egypte? Qui dirigera le gouvernement provisoire qui succdera Saddam Hussain? Cette dernire question -- laquelle on attend un flot de rponses -- suscite souvent la perplexit. Et rares sont ceux qui avancent des noms de candidats au poste de premier ministre du gouvernement provisoire, du ÒHamid KarzaiÓ irakien. Massoud Barzani refuse de discuter cette question avant la runion dĠune confrence de lĠopposition irakienne en Europe. Hamid Majid Moussa, secrtaire gnral du Parti communiste irakien, refuse aussi de citer un seul nom: ÒNous voulons un homme dmocrate, honnte, de bonne rputation, capable... Nous ne faisons pas dĠobjection ce que ce soit un Kurde ou un Chiite... Mais nous voyons de nombreuses perssonnes qui ont commis des crimes dans le pass et qui veulent tre premier ministre! Avant, nous avions des leaders, des personnalits comptentes. Mais beaucoup ont t tus par Saddam Hussain...Nous devons consulter les autres partis. Et si quelquĠun vous cite un nom, ne le prenez pas au srieux, personne nĠa un candidat en vueÓ. Ê Mme rponse avec Roj Shawess, membre du bureau politique du PDK et prsident du parlement kurde dĠErbil: ÒNous voulons quelquĠun de propre et un dmocrate. Vous en connaissez un?Ó, dit-il en souriant. Et de suggrer un triumvirat compos de trois personnalits, un Kurde, un Sunnite et un Chiite. Les Sunnites choisiraient leur reprsentant, les Chiites le leur, et videmment les Kurdes aussi. Ê Pour Jelal Talabani,Ê que beaucoup voient volontiers assumer de hautes responsabilits au Kurdistan ou Bagdad, cette question est ÒprmatureÓ. ÒIl faudrait, dit-il, mettre en place, avant le dbut des oprations, un gouvernement provisoire, sur le terrain, en Irak, Erbil, la deuxime capitale de lĠIrak. Mais pour cela il faut que certaines conditions soient remplies: il faut que ce gouvernement bnficie dĠune certaine reconnaissance, et dĠune protection. Or pour lĠinstant il nĠy a pas dĠaccord entre les forces de lĠopposition, il nĠy a pas de signe de reconnaissance, et... cela pourrait donner aux Irakiens le signal quĠils attendent pour nous attaquerÓ. Ê Si lĠon insiste et demande au leader de lĠUPK sĠil nĠa pas le nom dĠun ÒHamid KarzaiÓ proposer, Jelal Talabani se fait alors lĠcho dĠune inquitude assez largement partage et rpond: ÒNous sommes ralistes, si les Amricains envahissent lĠIrak et occupent Bagdad, ils choisiront leur homme: selon certaines rumeurs, ils iront chercher le prince Hassan de Jordanie... Chrif Ali parle de lui... Certaines personnes voquent un gnral...Ó. Ê Kosrat Rassoul, membre du bureau politique de lĠUPK, redoute un autre scnario: ÒSi SaddamÊ Hussain est sr cent pour cent que les Amricains sont srieux, il ngociera son dpart, avec certaines garanties. Les Amricains qui ne veulent pas de chaos en Irak pourraient accepter une solution qui aurait lĠavantage de prserver la structure du gouvernement... Cette formule conviendrait galement aux pays arabes du GolfeÓ. Ê Les Kurdes accepteront-ils une telle issue? ÒNous voulons liminer lĠadministration du BaasÓ, rpond Kosrat Rassoul, Òmais ce nĠest pas nous qui dciderons, mais les Amricains.Ê Personnellement, pour viter cela, je voudrais quĠon mette en place avant une attaque amricaine un gouvernement provisoire, pour empcher les interfrences de la Turquie, de lĠIran, et des autres, et pour partager le pouvoir Bagdad. On pourraitsĠinspirer de lĠexemple libanais, et envisager un prsident sunnite, un premier ministre kurde, et un prsident du parlement chiiteÓ. Ê Saddam Hussain champion de la survie Failak Eddine Kakai, ministre dĠtat du gouvernement (PDK) dĠErbil,Ê est en quelque sorte lĠlectron libre du PDK: tout en tant dans la ligne du parti, il est connu pour formuler des thses qui nĠengagent pas forcment Massoud Barzani, et qui peuvent servir de ballon dĠessai. Comme Kosrat Rassoul, il envisage -- et redoute -- un dpart ngoci de Saddam Hussain: ÒSaddam Hussain sait cder le terrain quand il le faut: il lĠa fait en 1970 (signature de lĠaccord sur lĠautonomie avec le gnral Barzani), en 1975 (accord dĠAlger avec le Chah), en 1988 (cessez le feu avec lĠIran), en 1991 (retrait des troupes irakiennes du Kurdistan), en 1996 (retrait dĠErbil). Et maintenant il vient dĠaccepter le retour sans conditions des inspecteurs en dsarmement. Que trouvera-t-il demain?Ê Reconnatre Israel? Ou lĠacceptation dĠun statut fdral en Irak? Ou lĠorganisation dĠlections dmocratiques? Ce nĠest pas la fin de la route pour Saddam Hussain. Il va survivre.Ó Ê Que feront alors les Etats-Unis? ÒLa dmocratie nĠest pas lĠobjectif ultime des Amricains, ils pourraient se satisfaire dĠun scnario dans lequel Saddam Hussain laisserait le pouvoir son fils QusayÓ, constate Failak Eddine Kakai qui rappelle quel point lĠIrak occupe une position gostratgique au coeur du Moyen-Orient, et combien un changement complet de rgime pourrait avoir dĠeffets dstabilisateurs sur lĠensemble de la rgion . Ê Mais, dit-il, si les Amricains font vraiment la guerre, alors tout changera. Et alors, qui pourrait tre le premier ministre du gouvernement provisoire? Rpondant enfin cette question, Failak Eddine Kakai explique: ÒDe deux choses lĠune, ou les Etats Unis cherchent une solution qui exclut la vritable opposition... et leurs critres seront diffrents des notres. Ou ils traitent avec la vritable opposition, celle qui est prsente sur le terrain, et alors on peut avancer plusieurs noms:Ê Massoud Barzani, Mohammed Baker al Hakim, Iyad AllaouiÓ. Ê Acceptant enfin de se livrer au jeu des noms, un dirigeant du PDK exclut dĠemble Ahmed Chalabi, Òqui nĠa pas fait ses preuves aprs avoir dirig le Conseil National Irakien pendant dix ansÓ. Alors? La solution hachmite, avec le roi Abdoulla ou le prince Hassan?...Ê Difficile dĠy croire, mme si cette hypothse est voque dans les milieux ultra-conservateurs amricains. Baker al Hakim?Ê difficile dĠenvisager un Chiite au poste de premier ministre une priode aussi cruciale... Hassan an Nakib? LĠancien gnral aurait pu faire un bon candidat, il est entour dĠexils originaires de Takrit bien en cour Washington, mais il est trs g. Adnan Pachachi? Ce diplomate de grande famille sunnite qui a vcu pendant des dcennies en exil Abou Dhabi pourrait tre un bon candidat, mais il est trop ÒbritanniqueÓ. Au Kurdistan, on cite les noms de Berham Saleh et Hoshyar Zibari, tous les deux trs comptents, mais qui ne figurent pas en tte de liste... Aref Abdel Razzak? Trop g et chauvin. Abder Rahman Aref, qui a dj t prsident de la Rpublique dans les annes 1960?... Bien g lui aussi, et faible... Et lĠintrieur de lĠIrak? ÒIls sont tous mortsÓ, affirme ce dirigeant du PDK. En fait, selon certains informations, Massoud Barzani aurait demand certains de ses proches de chercher activement des noms de personnalits, magistrats ou hommes politiques la retraite, qui pourraient faire lĠaffaire. Ê LÓhritageÓ Ê ÒLe gouvernement provisoire aura un rle trs important, et jĠespre quĠil sera dirig par un leader kurdeÓ, affirme Nour Shirouane, membre du bureau politique de lĠUPK, connu pour son franc parler. ÒIl devra prcher la rconciliation et prparer les lectionsÓ.Ê Officiellement, tous les dirigeants du PDK et de lĠUPK parlent de ÒtolranceÓ et de ÒrconciliationÓ. Nour Shirouane ne croit pas une guerre civile, mais il nĠcarte pas le Òrisque de revanches personnelles, car ils sont responsables de la mort dĠau moins 250.000 personnes. Nous saurons le nombre exact aprs que Saddam Hussain soit tuÓ. Ê Certains, comme Hamid Majid Moussa, secrtaire gnral du Parti communiste irakien, voquent le risque dĠun Òbain de sangÓ.Ê ÒIl y aura une explosion Bagdad, personne ne pourra la contrlerÓ, dit de son ct un chef militaire du PDK. ÒJe ne pourrai plus vivre Bagdad, jĠy serais entour de tellement de complices des crimes de Saddam HussainÓ, dclare Abdel Razzak Mirza, ministre de la coopration avec les ONG du gouvernement (UPK) de Souleimania, qui ajoute: ÒComment contrler la situation, quand tellement de gens ont vcu de telles horreursÓ. ÒJe peux vous dire quĠ Takrit et un certain nombre dĠautres endroits marqus par le pouvoir de Saddam Hussain, il ne restera pas pierre sur pierre aprs la chute de Saddam HussainÓ, affirme le chef dĠune grande tribu kurde. Ê Que faire du parti Baas, de lĠarme, des services de renseignement?Ê Mme Hamza al Kazimi,Ê un ancien baasiste, dirigeant du Wifaq dĠIyad Allaoui, un mouvement de lĠoppositionÊ compos 95 pour cent... dĠanciens Baasistes, admet que le Baas doit disparatre en tant que tel, et que ses cadres qui nĠont pas commis de crimes devront militer lĠavenir dans un nouveau parti, pourquoi pas le Wifaq?Ê ÒLes services de renseignement et les services qui ont tortur doivent tre supprimsÓ, dclare de son ct Hamid Majid Moussa, du PCI, Òet les criminels doivent tre jugs... Mais nous faisons la diffrence entre les criminels et toutes les personnes honorables qui ont eu un poste dans lĠarme et le parti Baas: nous ne sommes pas pour des liquidations massivesÓ. Ê ÒNous avons dress la liste des responsables qui doivent tre envoys devant les tribunauxÓ, rappelle AbdelRazzak Mirza, qui a travaill pour ÒIndictÓ avant de devenir ministre du gouvernement de Berham Saleh Souleimania. ÒNous avons dress deux listes, la liste A, qui comprend une douzaine de noms de dirigeants irakiens directement associs Saddam Hussain: ses fils Odei et Qusay, ses demis frres Watban, Sabawi et Barzan, Hamza al Zoubeidi,Ê Ali Hassan al Majid, Izzat Douri, Taha Yassine Ramadan, Tarek Aziz, et Aziz Saleh al Noman. Et la liste B, qui comprend deux douzaines de noms.Ê Mais nous ne pouvons pas transformer lĠIrak en abattoir. Nous devrons pardonner la majorit des gens, sauf ceux qui ont commis des crimes contre lĠhumanitÓ. Ê Que faire des gnraux comme Nazir al Khazraji, ancien chef dĠtat-major, rfugi au Danemark, ou comme Wafiq al Samarrai, ancien chef de la scurit militaire, qui proclament leur innoncence, et se posent en leaders de lĠopposition?Ê ÒNous avons la conviction quĠils ne disent pas toute la vritÓ, dit Adel Razzak Mirza, Òmais en mme temps nous voulons encourager un plus grand nombre dĠofficiersÊ abandonner le rgime... Nous verrons plus tardÓ...Ê Cette attitude quelque peu opportuniste nĠest pas toujours comprise par les victimes de ces anciens collaborateurs de Saddam Hussain. Ê Un intellectuel de Souleimania ne se fait gure dĠillusion sur les ÒpurgesÓ:Ê ÒMme si les principaux dirigeants du Baas sont arrts et jugs, le Baas continuera de gouverner le paysÓ, affirme-t-il avec une certaine amertume,Ê Òcar ce sont les gens qui ont lĠexpertise. Dj, ici, au Kurdistan, de nombreux annciens Baasistes occupent des postes cls. Mme des gens qui ont t impliqus dans la campagne de lĠAnfal (qui a fait environ 180.000 victimes kurdes)Ó. Ê LĠIrak de demain: un tat fdral? Ê Le Fédéralisme vu par les Kurdes Mais lĠenjeu essentiel, pour les Kurdes, cĠest leur statut dans lĠIrak de demain. Et pour une fois unanimes, les partis politiques kurdes ne conoivent pas dĠautre solution que le fdralisme. ÒNous sommes maintenant indpendants, et nous demandons tre runifis... mais la seule solution, cĠest une fdrationÓ, affirme Berham Saleh, premier ministre Souleimania. Mme opinion au PDK de Massoud Barzani, o Roj Shawess, prsident du parlement, pose aussi ses conditions: ÒNous ne pouvons pas renoncer ce que nous avons -- la quasi indpendance -- sans garanties...Ê Nous sommes une ÒrgionÓ,Ê nous sommes prs rejoindre (lĠIrak) certaines conditions: le peuple kurde nĠest pas dispos accepter dĠtre gouvern comme il lĠa t auparavant. Nous voulons un systme fdral, avec des garanties internationalesÓ. Ê Soucieux, comme le dit Massoud Barzani, de Òne pas rater le train en marcheÓ, le PDK a prfr exposer Òavant le changementÓÊ Òsa conception de lĠIrak de demain...et ce que devraient avoir les KurdesÓ, en soumettant un projet de constitution pour lĠIrak et un autre pour la rgion kurde, rdigs par des spcialistes kurdes du droit constitutionnel. Ce document dĠune quinzaine de pages a le mrite dĠexposer de faon trs prcise les relations entre la rgion kurde et le pouvoir central.. Ê LĠarticle Un du premier texte, sur les ÒPrincipes gnraux du Fdralisme en IrakÓ, stipule que ÒLĠIrak est un Etat fdral, dmocratique, parlementaire, reposant sur le pluralisme politique. La Rpublique Fdrale dĠIrak consiste en deux rgions: - la rgion arabe, qui comprend les parties centrale et mridionale de lĠIrak ainsi que la province de Mossoul, Ninive, dans le nord, lĠexclusion de certains districts mentionns dans le paragraphe suivant. - la rgion du Kurdistan irakien, qui comprend les provinces de Kirkouk, Souleimania et Erbil dans leurs limites administratives antrieures 1968, et la province de Dohok et les districts de Akkra, Sinjar et Sheikhan, et le sous-district de Zimar dans la province de Ninive, les districts de Khanakin et Mandili dans la province de Diyala, et le district de Badra dans la province de Al Wasit. Les limites gographiques de la rgion seront inscrites dans la constitution fdraleÓ. Ê Le projet de constitution prvoit que la Rpublique fdrale aura son prsident;Ê son pouvoir judiciaire, son pouvoir lgislatif, compos de deux chambres, une assemble nationale fdrale, lue la proportionnelle, et une assemble des rgions, compose galit de membres des deux assembles rgionales;Ê son conseil des ministres, avec un premier ministre et des ministres reprsentant proportionnellement les deux rgions. Chaque rgion aura galement son assemble lgislative, son prsident rgional, son conseil des ministres rgional et son pouvoir judiciaire rgional. Ê Sans entrer dans les dtails dĠun texte trs technique, on citera quatre articles assez ÒexplosifsÓ de ce projet: Ê LĠarticle 14 du projet de constitution fdrale prvoit que Òsi le prsident de la Rpublique fdrale lu est originaire dĠune des rgions, le premier ministre fdral devra tre originaire de lĠautre rgionÓ. Autrement dit, si le prsident de la Rpublique fdrale est un Arabe, le premier ministre sera automatiquement un Kurde. Le pouvoir à Bagdad Aprs avoir pendant des dcennies refus de jouer un rle politique Bagdad, les Kurdes ont enfin compris quĠils devaient exercer le pouvoir Bagdad sĠils voulaient lĠexercer dans leur rgion. Ê LĠarticle 7 de ce projet prcise galement que les membres du gouvernement seront dsigns proportionnellement au poids respectif des populations arabe et kurde dans la Rpublique fdrale -- ce qui revient dire que les Kurdes composeront le quart du gouvernement --Ê Òen clair, commente un dirigeant du PDK, cela veut dire que les Kurdes devront avoir un des trois Ògrands ministresÓ -- la dfense, lĠintrieur ou les finances. Ê LĠarticle 5 du projet de constitution de la rgion stipule que ÒKirkouk sera la capitale de la rgion du KurdistanÓ.Ê Cet article a provoqu de violentes ractions en Turquie, qui refuse de laisser les Kurdes contrler les ressources ptrolires de Kirkouk. Ê Et lĠarticle 75 stipule que Òla structure de la Rpublique fdrale dĠIrak ne peut tre modifie sans le consentement de lĠassemble rgionale du Kurdistan. Toute action contraire ce principe autoriserait le peuple de la rgion du Kurdistan exercer son droit lĠauto-dterminationÓ. Concrtement, cela veut dire quĠen cas de conflit entre le pouvoir central et le pouvoir rgional, les Kurdes proclameront leur indpendance. Ê Soumis lĠUPK aprs la conclusion de lĠaccord entre Massoud Barzani et Jelal Talabani, les 8-9 septembre derniers, ce projet a t lgrement modifi, dans un sens plus parlementaire. Il devrait ensuite tre soumis au parlement kurde dĠErbil et aux autres partis de lĠopposition irakienne. Certains lĠont dj approuv. Mais les vrais problmes commenceront lorsquĠil faudra faire approuver cette constitution par le peuple irakien, soit par le parlement qui sera lu aprs le dpart de Saddam Hussain, soit par lĠensemble de la population, dans le cadre dĠun rfrendum. Manifestement, la plupart des dirigeants kurdes nĠavaient pas envisag cette ventualit: pour eux, il suffisait de faire approuver le projet de constitution fdrale par un congrs de lĠopposition irakienne, runi quelque part en Europe... et par les Etats-Unis, puissance tutlaire. Et ils sont assez dconcerts quand on leur dmontre quĠun projet de constitution doit tre valid par un vote populaire. Ê Certains responsables kurdes, mais ils ne sont pas trs nombreux, pensent que ce projet de constitution fdrale serait ratifi par le peuple irakien, qui comprend une majorit de chiites (environ 60 pour cent du total de la population irakienne): Roj Shawess, en particulier, estime que les Chiites, qui ont subi pendant des dcennies la suprmatie des Sunnites, devraient approuver un projet de constitution fdrale. Un de ses proches souligne que les Chiites reprsenteront environ 75 pour cent de la population de la rgion arabe: ÒSi le fdralisme est appliqu, les Chiites auront le pouvoir dans leur rgion... Nous devons donc jouer la carte chiiteÓ. Mais la plupart des dirigeants kurdes sont convaincus que la majorit de la population arabe de lĠIrak, cdant des rflexes nationalistes, rejetterait le projet de constitution fdrale: ÒLes Arabes irakiens sont beaucoup trop chauvinsÓ, dit lĠun. ÒPas question de soumettre notre projet une assemble irakienne, il serait touffÓ, assure Hoshyar Zibari. Mme opinion lĠUPK, o Nour Shirouane dclare catgoriquement: ÒJe ne soumettrai jamais la question du fdralisme aux Arabes! LesÊ Chiites nous soutiennent, jusquĠ maintenant...Ê Mais sĠils sĠemparent du pouvoir... Je ne sais pasÓ. Ê ÒComment les Arabes pourraient-ils rejeter un projet de constitution qui a t approuv par le Conseil National Irakien dĠAhmed Chalabi en 1992, par la confrence de lĠopposition aux Etats-Unis cette anne, et qui a le soutien des Etats-UnisÓ, sĠinterroge Kosrat Rassoul, ajoutant ÒSi le nouveau systme est dmocratique, ils donneront leurs droits aux Kurdes. Nous sommes deux nations, nous avons chacune notre terre, nous ne revendiquons pas les terres arabes, mais nous tions ici avant les Arabes. Nous avons des provinces qui sont plus grandes que certains tats du Golfe... Si le fdralisme est mauvais, alors que les Etats du Golfe deviennent une rpubliqueÓ! Ê Pouss dans ses retranchements, Kosrat Rassoul reconnat que si un parlement irakien lu dmocratiquement rejette le projet kurde de constitution fdrale, les options des Kurdes seront limites: ÒSi nous avons affaires un rgime soutenu par les Etats-Unis, nous ne pouvons pas dire que nous allons nous battre contre lui. Si les Etats-Unis nous soutiennent... nous demanderons plus quĠun statut fdralÓ. Ê ÊConscient de tous ces alas, Roj Shawess conclut que finalement les Kurdes ne peuvent pas laisser entre les mains du peuple irakien la responsabilit de passer un rgime dmocratique et au fdralisme. ÒCĠest une condition absolue de notre partÓ, dit-il, Òcela devra treÊ approuv avant la mise en place dĠun rgime de transition, avec des garanties internationalesÓ. Pour les Kurdes, le fdralisme passe avant tout. Mais les jours qui viennent sont trs incertains. Ê (Le Nouvel Observateur, N° 1988, 12 décembre 2002. MERIP, Winter issue, N° 225)
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