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Kunming: modernité et tradition Comme toutes les grandes villes chinoises, Kunming, la
capitale du Yunnan -- une véritable métropole,
avec environ 3,5 millions d’habitants -- oscille
entre les excès de la modernité et le respect
de la tradition: certains quartiers, avec leurs hôtels
ultra-modernes et leurs immenses centres commerciaux,
évoquent beaucoup plus Hong Kong et ses fastes
capitalistes que la Chine populaire, dernier bastion du
communisme... Et bulldozers et grues travaillent jour
et nuit pour construire de nouvelles tours et de nouveaux
complexes de bureaux destinés à accueillir
les hommes d’affaires du monde entier qui, supposent
les promoteurs, devraient se précipiter en Chine
pendant les cinq ou dix prochaines C’est dans ces étroites ruelles, bordées de maisons en bois d’un seul étage, autour du marché aux fleurs et du marché aux petits animaux, et autour de la rue Jinbi Lu, que l’on rencontre d’innombrables artisans et artistes, calligraphes et portraitistes. C’est là aussi que l’on trouve de très anciennes pharmacies contenant toutes les espèces de racines... et d’extraits de serpents et autres animaux utilisés par la médecine chinoise traditionnelle. Les plus belles mosquées de la province
Sur les quelque 20 millions de Musulmans vivant aujourd’hui en Chine, près de la moitié sont des “Hui”, installés au Yunnan et dans la “Ceinture Coranique” formée par les provinces du Xinjiang, Ningxia, Gansu et Qinghai (les autres musulmans sont des Ouïgours, des Kirghizes et des Kazakhs). À la différence des autres minorités, qui parlent une langue distincte, et portent un costume très spécial (surtout les femmes), les “Hui” ne se distinguent pratiquement pas des autres Chinois: on les reconnaît cependant à leur bonnet blanc -- et aux caractères chinois “qing zhen” qui figurent à la devanture de leurs restaurants et de leurs maisons de thé, et qui indiquent à la clientèle musulmane que ces endroits sont “purs et vrais” (Halal). Leurs clients l’ignorent peut-être, mais la plupart des cuisiniers des restaurants chinois du Moyen-Orient sont des “Hui” qui ont émigré... et qui sont retournés au pays de leurs ancêtres! Le pays de l’éternel printemps Le pays de l“éternel printemps” -- il y fait bon même en hiver, quand il gèle plusieurs degrés au-dessous de zéro à Pékin -- le Yunnan est une région au relief extrêmement varié: depuis les paysages sub-tropicaux du sud, avec leurs rizières et leurs plantations de bananes, jusqu’aux chaînes de montagnes culminant à 6.000 mètres, on y trouve toutes les variétés de paysages imaginables, y compris la Forêt de Pierre (Stone Forest), avec ses formes fantastiques, et le haut plateau de Zhong Dian, aux confins du Tibet À plus de 3.000 mètres d’altitude, la région de Zhong Dian, ouverte depuis peu de temps aux étrangers, permet à tous ceux qui rêvent de découvrir le Tibet, mais qui n’en auront pas le temps ou pas la permission, de contempler les paysages du “Toit du Monde”, avec d’immenses plateaux quasi-désertiques, sur lesquels errent des troupeaux de yaks (buffles tibétains) entre deux villages. À quelques kilomètres de Zhong Dian, la lamaserie de Jietang Songling, dans laquelle vivent quelques dizaines de moines, est une réplique, en plus petit, du Potala de Lhasa. Les Tibétains qui y vivent sont extrêmement accueillants et invitent volontiers les touristes à goûter leur spécialité: un thé, auquel ils ajoutent du beurre et du fromage, que les voyageurs feront mieux d’éviter... À une altitude plus modérée (environ 2.000 mètres), Weishan est une destination encore ignorée des guides touristiques: c’est pourtant une merveilleuse petite ville à l’architecture traditionnelle totalement préservée: en se promenant dans ses étroites ruelles, en allant d’une maison de thé à l’autre, on peut observer à loisir la vie quotidienne dans une petite ville de province chinoise -- calme, et en même temps très joyeuse. Les fêtes du Nouvel An chinois y sont particulièrement animées: pendant une semaine la petite ville est en fête; les enfants font sauter des milliers de pétards -- les rues sont littéralement couvertes de confettis, et à minuit, le soir du dernier jour de l’année, c’est une véritable explosion de joie qui réveille la petite ville: des milliers de pétards éclatent en même temps! Les trottoirs sont bordés d’étalages de vêtements, de jouets et de victuailles: c’est l’occasion où jamais de goûter d’innombrables spécialités de la cuisine chinoise traditionnelle -- et en particulier celles des musulmans de Weishan, qui préparent de délicieuses petites brochettes de bœuf et de mouton très épicées. À côté des Chinois (Hans) et des musulmans, plusieurs minorités vivent à Weishan, notamment les Baï et les Yi, et leurs femmes portent pour les fêtes du nouvel an leurs plus beaux costumes, extrêmement colorés. À proximité immédiate de Weishan, on peut depuis peu visiter un ensemble unique de sanctuaires. Si les temples de Wei Bao Shan et Da Shue Xi sont faciles à visiter en taxi, le complexe de Xi Bian Dashi est plus difficile à atteindre: construit sur une colline à quelque 15 kilomètres de la ville de Weishan, et à 6 kilomètres de la route goudronnée, on ne peut y aller qu’en utilisant une charrette tirée par un âne, ou un “taxi-tracteur” -- ce qui est une expérience assez extraordinaire! Ces trois groupes de temples ont été gravement endommagés pendant la révolution culturelle (1966-1976), mais les moines ont pu cacher et sauver un certain nombre de statues, qui ont échappé au vandalisme des gardes rouges. Presque entièrement restaurés aujourd’hui, ces temples constituent une manifestation unique de l’art religieux boudhique et taoïste dans le sud-Ouest de la Chine. Construits sur une montagne couverte d’une forêt de pins, les temples de Wei Bao Shan sont assez éloignés les uns des autres, et le touriste a le plaisir de les découvrir soudain, les uns après les autres, au détour d’un sentier. Par contre, les temples de Da Shue Xi et de Xi Bian Dashi sont construits les uns à côté des autres, ou les uns au-dessus des autres: dans ces ensembles, l’accumulation de panneaux de bois peints et de sculptures est impressionnante et il est difficile de dire quels sont les plus beaux: il y a des centaines de statues, certaines de taille miniature, d’autres plus grandes que nature; certaines sont grotesques, d’autres très réalistes, certaines sont souriantes, d’autres ont l’air terriblement cruel: on aimerait que tous ces personnages puissent parler et dire ce que les artistes avaient en tête quand ils les ont réalisés! Depuis quelque temps les Chinois fréquentent à nouveau leurs temples, en particulier pendant les fêtes, comme celle du nouvel an: il est extraordinaire d’observer, après cinquante ans de communisme et dix ans de révolution culturelle, toutes ces vieilles femmes, mais aussi ces jeunes couples et ces adolescents, qui prient avec une rare ferveur, et brûlent des papiers à prière et de l’encens dans des temples qui ont échappé de peu à une destruction totale.... “Nous avons eu assez de révolutions”, dit un Chinois, venu pique-niquer avec sa famille. Et si l’on croit aux vertus de la médecine traditionnelle chinoise, on peut aussi consulter un moine-médecin taoïste: après avoir scruté intensément les pupilles de son client, et après avoir pris son pouls, il prescrit un médicament qu’il prépare lui-même avec des plantes séchées et des écorces: il est très utile d’avoir avec soi un pot de verre avec son couvercle, car cette potion doit infuser un certain temps, et il faut ensuite la boire par petites gorgées... Ceux qui sont quelque peu sceptiques sur les vertus de ce médicament observeront néanmoins avec plaisir le moine-médecin pendant sa consultation: la plupart de ses clients sont des Yi et des Bai, les deux principales minorités non chinoises vivant autour de Weishan. C’est une occasion inespérée d’admirer de près les costumes traditionnels très coloriés de ces jeunes femmes dans un cadre irréel... Très recherchée par les touristes européens et américains, qui y trouvent des cafés et restaurants servant hamburgers et autres spécialités occidentales, Dali est, comme Weishan, une belle petite ville, dont l’architecture traditionnelle a cependant été moins bien préservée. Bâtie sur un site exceptionnel, entre le lac Erhai et le mont Cangshan dont les cimes enneigées se dressent à 4.000 mètres, Dali a été au VIIIE et IXe siècles la capitale du royaume Nanzhao, qui s’étendait sur une grande partie du sud-Ouest de la Chine actuelle, et même sur le nord de la Birmanie. Au siècle dernier, Dali a été la capitale du sultanat éphémère de Tou Wen Sieou de 1860 à 1873. Mais le soulèvement des musulmans fut réprimé avec une brutalité impitoyable par les Chinois, qui massacrèrent impitoyablement des milliers de Hui. À mi-chemin entre Dali et Zhong Dian, Lijiang est une grande ville moderne construite autour d’un quartier ancien totalement préservé; la ville ancienne est un endroit merveilleux pour les promeneurs, car le piéton est roi dans ces ruelles tellement étroites que les voitures ne peuvent y passer, bordées par des canaux où l’eau coule à flot. Lijiang est la ville des Naxi, une petite minorité de quelque 280.000 personnes vivant à cheval sur le Yunnan et le Sichuan. Les Naxi sont un peuple très ancien, qui avait élaboré il y a plus de 1.000 ans une écriture extrêmement compliquée utilisant des pictogrammes que très peu de gens peuvent déchiffrer aujourd’hui. Mais la culture Naxi est toujours vivante, et les touristes prendront beaucoup de plaisir à écouter un concert de musique traditionnelle Naxi dans le centre culturel, au cœur de la vieille ville de Lijiang. Les instruments utilisés pour ces concerts sont extrêmement anciens, certains ayant 300 ans. Et certains morceaux joués par ces musiciens ont été composés par des princes Naxi ayant gouverné il y a plusieurs siècles. La région de Lijiang était autrefois extrêmement isolée -- il fallait 18 jours dans les années 1930 pour aller de Lijiang à Kunming! -- et c’est cet isolement qui a permis à ce petit peuple de préserver sa personnalité et sa culture. Mais aujourd’hui, les jeunes Naxi préfèrent aller dans les bars à karaoké, et les vieux Naxi se demandent avec inquiétude combien de temps encore ils pourront préserver leurs traditions... Les quartiers modernes de Lijiang n’ont pas un grand intérêt -- à ceci près qu’on y voit une des rares statues monumentales de Mao Tse Toung qui se dressent encore en Chine: c’est une attraction pour les touristes chinois, et de nombreux Naxi vivant dans les villages des environs viennent pour se faire photographier devant la statue du “Grand Timonier”. C’est aussi dans la nouvelle ville qu’on pourra trouver une des curiosités de Lijiang -- des taxis side-cars, conduits par de jeunes femmes. Qu’elles soient Naxi, Bai, Yi, ou Dai, que ce soit dans les rizières de Yuan Jiang ou sur le haut plateau de Zhong Dian, les femmes des minorités portent des costumes d’une richesse extraordinaire: elles rivalisent de coquetterie, jouant avec les couleurs et les bijoux, portant des coiffes extraordinaires: l’époque où les foules chinoises étaient uniformément et tristement vêtues de tenues Mao est bien révolue. Pendant toute l’année de nombreuses fêtes donnent lieu à de très grands rassemblements auxquels participent des milliers de villageois de ces différentes ethnies -- une occasion inespérée pour le touriste de découvrir les mille et une facettes du Yunnan. (Inédit)
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